1. 1. Les recensements, multiples et variés, ont produit une grande variabilité des chiffres des données des morts, disparus et déplacés. La mortalité de la catastrophe fut finalement évaluée à environ 1.000 personnes.
  2. 2. Le total de votes a été de 4.142.812 (45,94%); le oui a obtenu 2.820.556 (71,21%); et le non 1.141.792 (28,79%); l’abstention a été de 4.876.782 (54,06%). Selon Georges Couffignal et Daniel van Eeuwen : « les innovations principales de la Constitution bolivarienne sont dans les dispositions de la « démocratie participative ». (…) « Un pouvoir citoyen (poder moral) est créé aux côtés des pouvoirs classiques exécutif, législatif et judiciaire. Il a pour mission de contrôler l’éthique publique, la moralité administrative et la bonne gestion du patrimoine de la nation. » Cf. Couffignal, Georges et Daniel van Eeuwen (2000). « Venezuela : naissance d'un nouveau régime ou retour au populisme d'antan? » in. G. Couffignal (dir.) Amérique latine 2000. Paris, La documentation française : 133-150.
  3. 3. Le Fondo Unico Social (FUS) est un fond financier et l’une des institutions coordinatrices de la politique sociale du gouvernement actuel. Depuis sa création en 1999, le FUS a toujours été dirigé par des officiers de l’Armée de terre.
  4. 4. Cette thèse est la clef de voûte de la politique d’occupation du territoire propulsée par la révolution bolivarienne, privilégiant ainsi la construction de « pôles de développement » au sud du pays – comme « l’axe Orénoque-Apure » – plutôt que des investissements dans l’amélioration de l’infrastructure des villes côtières existantes. Pour une discussion de cette politique voir : Negrón, Marco (1999). « Una contrarevolucion territorial » Urbana 4 (24) : 5-9. Toutes les traductions de l’espagnol sont de moi.
  5. 5. Je vais me servir du terme barrio pour nommer les quartiers populaires urbains, constitués de logements précaires et autoproduits, situés le plus souvent sur les pentes en aval des montagnes de la cordillère de la côte où se trouvent les villes de l’axe « centre-nort-côtier » du Venezuela. Caracas est en effet une ville d’approximativement cinq millions d’habitants. Le littoral de Caracas est situé dans un autre département mais il fait partie de la métropole, La Guaira étant le complexe industrialo-portuaire de Caracas. De plus, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, la précarité due à la chute de la rente pétrolière et aux programmes d’ajustement successifs a particulièrement affecté les secteurs urbains. Plus de 4 000 ha. de la zone métropolitaine de Caracas sont occupées par des barrios qui logent 41% de sa population. Voir le rapport : Bolivar, Teolinda, Mildred Guerrero, et al. (1993). Densificación y vivienda en los barrios caraqueños. Contribución a la determinación de problemas y soluciones. MINDUR et CONAVI, non publié.
  6. 6. INE (2001). Censo 2001 por Municipios y Parroquias. Tabulados Prioritarios. Caracas, Instituto Nacional de estadística. República Bolivariana de Venezuela.
  7. 7. L’émission hebdomadaire du président fait partie de la politique de communication du gouvernement. L’émission est aussi disponible en ligne : http://www.alopresidente.gob.ve/ [consulté le 26/11/2006]
  8. 8. L’annonce du passage de damnificados à dignificados a été reprise dans les allocutions suivantes : Chavez, Hugo (2000). Alocución del presidente de la Repúlica, Hugo Rafael Chávez Frías, ante el Parlamento de Canarias. Tenerife, Site officiel du cabinet du Président. Disponible sur : http://www.venezuela.gov.ve [consulté le 25/07/2003] et Chavez, Hugo (2000). Programa de Gobierno. Presentado en el Hotel Caracas Hilton el 22 de mayo de 2000. Venezuela Analítica. Disponible sur: http://www.analitica.com/bitblioteca/hchavez/programa2000.asp#sociedad [consulté le 17/08/2005]
  9. 9. En ce qui concerne l’étude des catastrophes, j’ai bénéficié en février 2005 d’une bourse de courte durée, octroyée par le réseau de doctorants « Santé et Société », pour réaliser un séjour à l’Université d’Oxford. Au Royaume-Uni, les sciences sociales portant sur les désastres constituent un domaine de production scientifique importante consacré principalement à l’étude des phénomènes survenus dans le sud-est asiatique. Le département d’études du développement de la « Queen Elizabeth House » possède une bibliothèque remarquable sur les catastrophes et j’ai pu consulter des ressources uniques relatives aux déplacements et aux politiques de prise en charge des populations affectées par les catastrophes naturelles.
  10. 10. Punto Fijo est le nom de la résidence du leader du parti politique social-chrétien COPEI, Rafael Caldera, où le pacte fut signé.
  11. 11. Cette tension a atteint son sommet au début du mois d’avril 2004 lorsque la menace de licenciement qui pesait sur les fonctionnaires publics ayant signé la pétition appelant à la tenue d’un referendum contre le mandat présidentiel a été effectivement mise à exécution. Les institutions publiques ayant à leur disposition la liste des signataires, dite « Tascón », nom du député qui a obtenu de façon illégale les bases des données de la Commission nationale électorale (CNE). Le referendum révocatoire a eu lieu le 15 août 2004, le résultat étant favorable à la continuation du mandat du président (à 59% des voies contre 40,6%). Les résultats des éléctions sont disponibles sur : http://www.cne.gov.ve/referendum_presidencial2004/ [consulté le 11/12/2006]
  12. 12. J’ai traité cette question dans une communication présentée au congrès de la CASCA (Société Canadienne d’Anthropologie) en 2004. Vásquez, Paula (2004). « Un inconfortable présent : enjeux d’une enquête de terrain sur la prise en charge des sinistrés au Venezuela ». Le Congrès de la Société Canadienne d’Anthropologie de 2004. London, Ontario.
  13. 13. J’ai été témoin, et j’ai parfois subi, à plusieurs reprises, une forme de pression sociale vénézuélienne pour créer une « identité collective » des sinistrés. Le cas le plus flagrant de la réification du damnificado comme un « autre » auquel j’ai dû faire face s’est présentée lorsqu’on m’a demandé d’écrire un article sur les sinistrés pour le numéro d’une revue (non scientifique) consacré aux « minorités » dans la société vénézuélienne actuelle. La demande explicite des éditeurs portait non pas sûr les minorités « d’hier » – comme les indiens – mais sur celles « d’aujourd’hui » – comme les homosexuels des deux sexes –. Après des longs échanges par courrier électronique, j’ai honoré la commande en donnant à mon article le titre suivant : « Les sinistrés et l’illusion de l’altérité ». Cf. Vasquez, Paula (2006). “Los damnificados y la ilusión de alteridad”. Veintiuno. Cultura y tendencias. Février-Mars: 32-34.
  14. 14. Le premier séjour a été financé par la formation doctorale d’Anthropologie sociale et ethnologie de l’EHESS en mai 2000 ; il visait l’exploration et l’étude des différents aspects des politiques de prise en charge dans les forts militaires du pays.
  15. 15. Mon parcours professionnel au Venezuela comme fonctionnaire de l’UNICEF et du ministère de la Famille facilita ma démarche d’insertion dans le terrain d’enquête. J’accédai aux refuges grâce à mon carnet d’adresses des personnes qui travaillaient dans le gouvernement et qui me fournirent les noms et coordonnées des responsables, en particulier les numéros de téléphone portable.
  16. 16. Le troisième séjour (novembre 2001- janvier 2002) a été financé par le programme TALVEN (Talento venezolano) de l’UNESCO et de l’ambassade du Venezuela en France.
  17. 17. Le projet de coopération scientifique ECOS-Nord, N° V03H01, intitulé « Populations déplacées, entre refuges temporaires et nouveaux sites. Biopolitique d’une catastrophe naturelle » a fonctionné entre le CRESP, laboratoire de l’Université Paris 13 et l’école d’anthropologie de l’Université Centrale du Venezuela (UCV) de septembre 2002 à septembre 2004.
  18. 18. Le terme, très péjoratif, est apparût lors d’une émission Aló Presidente en juin 2001. Fidel Castro avait déclaré que les manifestations de l’opposition au gouvernement de Caracas étaient peu fréquentées, et donc « décharnées ». Chavez adopta l’adjectif et en fit un nom commun : les escuálidos.
  19. 19. Même si l’intimidation est devenue une pratique malheureusement courante au Venezuela, la menace s’étant banalisée à tous les niveaux de la vie sociale, j’ai toutefois continué à écrire dans la presse vénézuélienne des articles d’opinion. Je les considère comme une manière de contribuer au débat et comme un signe d’engagement, la preuve étant qu’ils ont parfois suscité des réactions polémiques dans les deux camps.
  20. 20. Les données descriptives du phénomène ont été tirées du rapport effectué par le bureau vénézuélien de l’agence des Nations Unies pour le développement, le PNUD. Cf. (2000). Causas y efectos de las lluvias de diciembre de 1999. Caracas, Programa de las Naciones Unidas para el Desarrollo (PNUD). Disponible sur: http://pnud.org.ve/archivo/documentos/desastres_naturales/lluvias/ [consulté le 15/09/2000]
  21. 21. PNUD : sigle du Programa de Naciones Unidas para el Desarrollo.
  22. 22. La force dévastatrice des crues des rivières avait alors balayé les villages de Macuto et Maiquetia, causant la mort de trente personnes. La chronique, rédigée par le Oidor Pedroza, représentant des autorités coloniales de la Couronne espagnole constitue le premier dossier rendu à la Haute Cour de la ville de Caracas sur ce phénomène affectant le littoral vénézuélien. Cf. Le rapport: PNUD (2000). Anexo 1A. Antecedentes de lluvias excepcionales sobre la cordillera de la costa (1798-1948). Caracas, PNUD: 4.
  23. 23. Le Baron de Humboldt a fait une large chronique de son voyage au Venezuela au 18ème siècle.
  24. 24. Sucre, Oscar (1961). Anexo 1C- PNUD. Daños causados por la tormenta del 15 al 17 de febrero de 1961. Caracas, PNUD, 7 p.
  25. 25. PNUD (2000b). Anexo 1B. Alud torrencial catastrófico de febrero 1951. Caracas, PNUD, 5 p.
  26. 26. En 1948 et 1951, les éboulements ont reçus le nom de « crues » (crecientes) et de « débordements des ruisseaux vallées encaissées et éboulements de la montagne » (desbordamientos de quebradas et derrumbes del cerro). Ces appellations concernaient des crues exceptionnelles par rapport au niveau habituel des crues des rivières de cette zone et évoluent au cours du temps. Lorsqu’on consulte de façon parallele cette historiagraphie et la revue de presse de 1999 concernant les deslaves qui ont occasionné La Tragedia, il est frappant de noter que le rappel de ces événements antérieurs est relativement absent du discours médiatique. Les reportages et les entretiens des experts comme les témoignages des survivants évoquent très rarement les phénomènes, pourtant non négligeables, datant de 1951.
  27. 27. Baldó, Josefina (1993). Tercer inventario nacional de barrios. Caracas, OCEI - FUNDACOMUN.
  28. 28. (1999). Journal télévisé El Observador, 5 décembre 1999. Déclaration état d'urgence admnistrative à l'état de Vargas. RCTV.
  29. 29. La Défense Civile vénézuélienne a été une institution longuement négligée parmi les corps des forces de l’ordre de la nation. Les études sur son histoire sont rares, voire inexistantes. La faiblesse des infrastructures et les problèmes de recrutement des effectifs sont des maux dont souffrent toutes les organisations publiques censées gérer les crises : pompiers, services d’information météorologiques, services municipaux de surveillance des cours d’eaux, etc. Mais le Venezuela ne compte que 7.000 pompiers pour 25 millions d’habitants et le budget annuel de Defensa Civil (rebaptisée Proteccion Civil y administracion de desastres sous l’administration du Président Hugo Chávez, cette direction étant aujourd’hui sous le commandement du lieutenant de l’Armée de terre Antonio Rivero) ne dépasse pas la somme de 1500 millions de bolivars (environ 600.000 euros). Avant 2001, les actions institutionnelles à mettre en œuvre en cas de catastrophes naturelles avaient comme unique référence juridique le règlement partiel, le N°3 de la loi de Sécurité et Défense promulgué en 1978. Un nouveau décret-loi qui régule « l’organisation nationale de protection civile et d’administration de désastres » a été approuvé le 13 novembre 2001. Cf. (2001). Ley de la organización nacional de protección civil y administración de desastres. Decreto Presidencial N° 1.557 con Fuerza de Ley del Sistema Nacional de Protección Civil y Administración de Desastres., Gaceta Oficial de la Republica Bolivariana de Venezuela N° 5.557, martes 13 de noviembre de 2001. Publicada en la Gaceta Oficial de la Republica Bolivariana de Venezuela N° 5.557, Extraordinaria de fecha martes 13 de noviembre del 2001.
  30. 30. Le 10 décembre, le directeur de Proteccion civil Angel Rangel avertissait très sérieusement des dangers de la « saturation des sols » à Vargas et signalait que 80% des routes dans l’état étaient fortement endommagées (1999). Journal télévisé, 10 décembre 1999. Déclarations d'Angel Rangel, Director de Defensa Civil. TELEVEN.
  31. 31. Mon approche de la crise part de l’expérience des secouristes bénévoles civils impliquées dans la gestion de la crise : quels dilemmes disent-elles avoir expérimenté pendant les moments les plus difficultés du commandement ? Comment se représentent-elles la crise ? Là où dominent traditionnellement « les logiques de l’administration » de la crise, j’introduis des questions relevant des enjeux de pouvoir de la gestion.
  32. 32. Je reproduis le récit d’un secouriste qui faisait des gardes de nuit dans sa cellule: « C’était le chacun pour soi, pour se sauver, chacun pensait à soi même et à sa famille, sauf quelques-uns qui montraient une solidarité humaine et qui ont risqué et même perdu leurs vies pour sauver quelqu’un. La force incontrôlable de la nature n’a pas seulement détruit de logements et des immeubles mais aussi la vie de nos congénères. Ici, tout s’est passé, tout est arrivé. La panique avait tout envahi. L’impact des rochers était comme l’impact des canons. Le désespoir de ne pas pouvoir s’en sortir d’une telle calamité était immense chez les habitants de Vargas. Des gens appelaient à l’aide avec leurs téléphones portables les membres de leurs familles qui étaient ailleurs. La catastrophe était en cours, était en train de se matérialiser… ». Cf. Martin Cuervo, Enrique (2000). El desastre que nos destrozó la vida, I, II et III. Caracas: 18. La traduction au français est de moi.
  33. 33. ORH (1999). Informe de la actuacion en las labores de rescate y atencion en el desastre ocurrido en los estados Vargas y Miranda a raiz de las inundaciones, deslaves y riadas suscitados el 15 de dicembre de 1999. Caracas, Grupo de Rescate Humboldt –SAR, 70 p. Rapport non publié.
  34. 34. Gonzalez, David (1999). « Improvisación y voluntarismo desplazaron a los expertos. » El Nacional, 26 décembre 1999.
  35. 35. Dans le cas des Sapeurs Pompiers français le travail des équipes se partage en temps pleins, temps partiels volontaires, effectifs d’entreprise, et militaires. Et les normes européennes, statuent l’obligation pour les communes qui dépassent les 100.000 habitants de disposer d’une caserne. Aux États-Unis, la FEMA (Federal Emergency Management Agency) coordonne les institutions qui assurent la gestion de l’urgence, assure la formation des effectifs et fourni et garantit la prise en charge des victimes pendant une période déterminée. En France, la mise en place des postes de « commandement- organisations des secours » (PC/ORSEC) s’effectue par le transfert des compétences des mairies à la préfecture et aux forces de l’ordre. Ces données sont disponibles sur : Wikipedia (2006). Sapeurs Pompiers en France. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sapeur-pompier [consulté le24 juin 2006] et le site de FEMA (2006) http://www.fema.gov/. Pour une étude approfondie sur la gestion des crises en France voir l’ouvrage de Gilbert, Claude (1992). Le pouvoir en situation extrême. Catastrophe et politique. Paris, L'Harmattan.
  36. 36. OCHA (1997). Humanitarian Report 1997. Humanitarian coordination in complex emergencies and natural disasters. OCHA-Online. Disponible sur: www.reliefweb.int/ocha_ol/pub/humrep97/coord.html: 10 [consulté le 7 septembre 2003]
  37. 37. Idem.
  38. 38. Les noms des fonctionnaires participant à cette scène ont été modifiés.
  39. 39. Or le nom du ministre de la Science et de la Technologie n’est pas évoqué. Cf. (2000). Informe de la Comisión especial para el tratamiento de los distintos casos del estado Vargas. Caracas, Asamblea Nacional. Integrantes de la Comisión: Diputado Simon Escalona, presidente. Diputado Pedro Castillo, vicepresidente. Pedro Infante, Secretario, 50 p. Rapport non publié.
  40. 40. Gonzalez, David (1999). « Improvisación y voluntarismo desplazaron a los expertos ». El Nacional, 26 décembre 1999.
  41. 41. ORH (1999). Informe de la actuación en las labores de rescate y atención en el desastre ocurrido en los estados Vargas y Miranda a raíz de las inundaciones, deslaves y riadas suscitados el 15 de diciembre de 1999. Caracas, Grupo de Rescate Humboldt –SAR, 70 p. Rapport non publié.
  42. 42. Les conditions de travail dans le centre qui devait coordonner le secours étaient ainsi décrites par un informateur : « Au fond du couloir du hangar, il y avait des WC. Un seul pour tout le monde, au moins 200 hommes. Au bout de 10 heures de travail, le WC était plein d’excrements jusqu’en haut... comme ça [il soulève ses mains jusqu’à son ventre pour indiquer la hauteur...] C’était le chaos total, dès le début, car ils n’avaient pas prévu d’installer un poste de commandement assez grand et bien équipé pour pouvoir opérer. » (Entretien avec un secouriste-contrôleur aérien, l’ORH, Caracas, 5 août 2003)
  43. 43. Les montagnes d’El Avila sont traversées par des longues lignes de câblage, les pilotes doivent apprendre une manœuvre spéciale pour contrôler l’appareil si jamais il se prend dans les câbles.
  44. 44. La cellule de crise dut mettre en fonctionnement deux appareils de télévision simultanément pour capter les deux chaînes et faire ainsi une liste complète des personnes rescapées pour la diffuser sur leur site web. (Carnet de terrain. Observations dans la cellule ORH, Caracas, 5 août 2003)
  45. 45. En revanche, le travail des radios a été jugé par les secouristes comme beaucoup plus simple et efficace. La Banque Banesco a d’ailleurs pris l’initiative de distribuer, dans les hélicoptères militaires de sauvetage, des radios à piles (Carnet de terrain. Observations dans la cellule ORH, Caracas, 5 août 2003)
  46. 46. « Quelqu’un [du haut commandement de l’Armée] a pris la décision de séparer les mères des enfants avant d’aborder les hélicoptères [militaires]. Peut-être qu’ils avaient vu le film Titanic [rires]. Ils [les militaires] ne comprenaient pas que les familles devaient rester ensemble. (…) manquent totalement de préparation pour faire face au désastre » (Propos des secouristes, observations dans la cellule ORH, Caracas, 5 août 2003)
  47. 47. Tabuas, Mireya (1999). « Y como compruebo que soy yo? » El Nacional, 24 décembre 1999.
  48. 48. La presse a signalé, pendant des années suivant, la catastrophe qu’environ 200 enfants vus ou retrouvés vivants n’avaient jamais rejoint leurs familles. L’affaire des « enfants égarés de Vargas » reste encore aujourd’hui irrésolue.
  49. 49. (1999). Journal télévisé. Communiqué Consejo Nacional Electoral, 11 décémbre 1999. RCTV.
  50. 50. Le « Plan República » est une opération de déploiement des effectifs de l’armée de terre pour assurer « le bon déroulement des élections » en assurant leur logistique. Cette politique de militarisation des élections date des années soixante, moment où la guerrilla menaçait la réalisation des scrutins. Cette politique s’est maintenue malgré la « pacification ». Pour une analyse détaillée des « Plan República », voir (Irwin 2006 : 175-177).
  51. 51. (1999). Journal télévisé. Déclarations du Ministre de la Defense, Gral. Raul Salazar, 14 décembre 1999. TELEVEN. Caracas.
  52. 52. Raúl Salazar prit des distances avec le président à cause des désaccords suscités par la gestion de la catastrophe. Pour l’instant, rappelons que ce général était le commandant de la troisième Division de l’Armée de terre lorsqu’Hugo Chávez était emprisonné à Yare entre 1992 et 1994 où il effectuait sa peine pour le soulèvement du 4 février 1992. Pour plus de renseignements sur la relation entre Chavez et Salazar, voir la biographie d’Hugo Chavez élaborée par les journalistes : Barrera Tyszka, Alberto et Cristina Marcano (2005). Hugo Chávez sin uniforme. Una historia personal. Caracas, Grupo Editorial Randhom House Mondadori. Colection Debate.
  53. 53. (1999). Journal télévisé Déclarations du Ministre de la Defense, Gral. Raul Salazar, 14 décembre 1999. TELEVEN. Caracas.
  54. 54. Dans la Constitution bolivarienne de 1999, les Forces armées vénézuéliennes sont passées au singulier, la FAN, « Force Armée nationale ». Dans les conversations quotidiennes on continue de les nommer au pluriel, mais dans les discours et les allocutions officielles le singulier est exigé.
  55. 55. Le rapport des députés signale que : « la gestion de l’urgence nationale a été de la responsabilité exclusive de l’Exécutif national à travers la création d’une commission de haut niveau. (Décret N°577 du 15.12.1999). Cette commission est formée par le ministère de Relations Intérieures et de la Justice, le ministère de la Défense, le ministère de la Science et de la Technologie et le ministère de la Santé et du Développement social » (2000). Informe de la Comisión especial para el tratamiento de los distintos casos del estado Vargas. Caracas, Asamblea Nacional. Integrantes de la Comision: Diputado Simon Escalona, presidente. Diputado Pedro Castillo, vicepresidente. Pedro Infante, Secretario, p. 9.
  56. 56. Destitué de son poste de ministre de la Défense, le Général Salazar fut nommé par la suite ambassadeur en Espagne. Il démissionnera et abandonnera définitivement les files du « chavisme » pour protester contre la répression de la manifestation d’opposants lors des événements qui ont précédé le coup d’État manqué contre Chávez en avril 2002.
  57. 57. Le général de l’Armée de terre Manuel Rosendo a été rétrogradé et accusé en 2002 de rébellion pour ne pas avoir appliqué le plan de répression militaire (le Plan Avila) lors la manifestation du 11 avril 2002, préalable au coup d’État contre Chavez.
  58. 58. (2000). Informe de la Comisión especial para el tratamiento de los distintos casos del estado Vargas. Caracas, Asamblea Nacional. Integrantes de la Comision: Diputado Simon Escalona, presidente. Diputado Pedro Castillo, vicepresidente. Pedro Infante, Secretario, p.14.
  59. 59. CORPOVARGAS (2000). Hechos concretos de la reconstrucción 1999-2000. Caracas, CORPOVARGAS- Ministerio de la Secretaría de la Presidencia, p.5.
  60. 60. GUIA (1999). Informe presentado a la Comisión de Apoyo a la Emergencia Nacional de la Asamblea Nacional Constituyente. Caracas, Gerencia Urbana Información y Asesoría.
  61. 61. Le rapport en question signale que le malaise d’Ignacio Arcaya fut : « Un signe du débordement interne des institutions civiles qui essayaient de faire face au cataclysme (…) et cela contraste fortement avec la diligence, l’efficacité et la rapidité de l’intervention du secteur militaire dans les heures suivantes. »
  62. 62. Hernandez, Clodovaldo (2000). « Informe a la Asamblea Nacional Constituyente critica colapso del los 'civiles' ante La Tragedia. » El Universal, 17 janvier 2000.
  63. 63. Puchi soutient aussi que les nombreux appels que la population avait lancés au préalable aux institutions compétentes, tirant la sonnette d’alarme à plusieurs reprises entre le 11 et le 14 décembre, auraient dû être pris en compte et suivis de mesures de prévention.
  64. 64. Extraits du texte: Osorio Granados, Ana Elisa (2004). El proceso venezolano, una expresion nacional de la lucha global de los pueblos contra el imperialismo, Rebelión. Le texte complet est disponible sur: http://www.rebelion.org/venezuela/040121anaelisa.htm [consulté le 22 janvier 2004]
  65. 65. La presse signalait en effet que les militaires avaient annoncé « (…) l’établissement d’un « couvre-feu » à partir de 19 h, ainsi que la demande de documents d’identité et l’ordre d’ouvrir feu sur toute personne qui n’obtempère pas… ». Cf. Delgado, Yeneiza et Hercilia Garnica (1999). « En fuertes y cuarteles reubicarán a damnificados de Vargas y Caracas ». El Nacional, 21 décembre 1999.
  66. 66. (1999). « Crece la solidaridad mundial. » El Nacional, 21 décembre 1999.
  67. 67. Casas, Cenovia (1999). « Asamblea Constituyente decretó estado de alarma. » El Nacional, 17 décembre 1999.
  68. 68. « L’urgence » (la emergencia), telle qu’elle était stipulée dans la Constitution de 1961, permettait la restriction ou suspension des garanties constitutionnelles, partielle voire totale, si les motifs étaient suffisamment étayés. Dans l’ancienne Constitution, le décret devait être émis par le Président de la République et le conseil de ministres et soumis à la considération du Congrès dans les 10 jours suivant sa publication. « L’urgence » est une modalité spécifique de l’état d’exception caractérisée notamment par l’octroi à l’exécutif de compétences extraordinaires et par la restriction de la liberté de circulation et de mouvement. Voir l’article de presse de la juriste : Rondón de Sansó, Hildegard (1999). « El estado de emergencia. » El Universal, 04 mai 1999.
  69. 69. En suivant l’analyse sur le droit constitutionnel classique de Manuel Garcia-Pelayo (1991[1951]) sur la formation du droit constitutionnel moderne, je mobiliserai ici la notion d’État de droit qui relève des principes de l’État libéral démocratique moderne qui nait des principes du droit de la Révolution française, de l’Indépendance des États-Unis et de la doctrine juridique allemande. Cette doctrine identifie l’État de droit avec l’État légal.
  70. 70. Lors de la cérémonie d’investiture à la présidence, Hugo Chávez déclara jurer devant la « Constitution moribonde de 1961 » et pendant le fonctionnement de l’Assemblée constituante, le « chavisme » instaura l’appellation de « La Moribonde » (la Moribunda) pour se référer à la Constitution de 1961.
  71. 71. J’analyserai plus loin (chapitre 2) les effets de cette tension politique entre État de droit et sécurisation du pays lors de la catastrophe en prenant comme fil conducteur l’analyse des discours de la répression des pillages et des exactions commises contre les pilleurs.
  72. 72. La précédente suspension des garanties constitutionnelles et l’établissement d’un couvre-feu adressé à la population civile fut promulguée lors de la révolte populaire de février 1989. Les soulèvements militaires de 1992 ont aussi entraîné la suspension des garanties constitutionnelles mais la population civile était faiblement concernée par ces mouvements insurrectionnels.
  73. 73. Casas, Cenovia (1999). « Asamblea Constituyente decretó estado de alarma. » El Nacional. 17 décembre 1999.
  74. 74. Castillo, Alcides (1999). « El Ejecutivo restringirá circulación de vehículos. » El Nacional, 18 décembre 1999.
  75. 75. Lugo Galicia, Hernán (1999). « Autoridades aconsejan no bajar al litoral. » El Nacional, 20 décembre 1999.
  76. 76. José Vicente Rangel, homme politique de la gauche vénézuélienne, candidat à la présidence à plusieurs reprises pendant les années soixante-dix et quatre-vingt, participe activement dans le gouvernement de Hugo Chavez et exerça les fonctions de Chancelier, ministre de la Défense et vice-président. Néanmoins, il fut exclu du gouvernement lors de la réélection de décembre 2006 pour de raisons jamais élucidées.
  77. 77. Rivero Perez, Abraham (1999). « Se reprimirán intentos de saqueo en las zonas de desastre ». El Nacional, 20 décembre 1999.
  78. 78. Idem.
  79. 79. Ainsi, le premier escadron à arriver pour « sécuriser » la zone dévastée appartenait à la Marine car la zone du port de La Guaira abrite aussi une base navale et les garnisons de la police navale (Policía Naval) et de la garde nationale (Guardia Nacional).
  80. 80. PROVEA (1999b). Emergencia en la emergencia. informe preliminar sobre la situación de los derechos humanos en las zonas afectadas del estado Vargas. Caracas, Programa venezolano de educación-acción en derechos humanos, 4 p.
  81. 81. Le président Chávez interviewé par Delgado, Yeneiza (1999). « Chavez ordenó intensificar medidas de seguridad en Vargas. » El Nacional, 22 décembre 1999.
  82. 82. Delgado, Yeneiza (1999). « Chavez ordenó intensificar medidas de seguridad en Vargas. » El Nacional. 22 décembre 1999.
  83. 83. Le rêve d’une richesse vénézuélienne aussi inépuisable que ses nappes d’or noir dessine en effet un mythe unique dans le monde latino-américain. À la différence des dictatures du cône sud, le Venezuela portait l’image d’un « pays riche », démocratique depuis plus de trente ans, accueillant pour les immigrants et les réfugiés politiques, venus d’abord pendant l’après-guerre d’Europe et plus tard d’autres pays latino-américains. Les discours quotidiens le qualifiaient de pays qui avait miraculeusement mélangé « races » et « classes », où « tous les ranchos disposaient de magnétoscopes », où la classe moyenne « changeait de voiture tous les ans », où même « les plus pauvres buvaient du bon whisky écossais importé ». Les émeutes du 27 février 1989 brisèrent définitivement ce mythe national très enraciné dans la pratique politique populiste des dirigeants.
  84. 84. Le principe d’habeas corpus a été rédigé en 1697 à l’époque du roi anglais Charles II et est à la base de la législation des garanties constitutionnelles modernes. De nos jours, la procédure d’habeas corpus implique que lors d’une détention, le détenu soit maintenu dans de bonnes conditions pour se présenter au juge et que si l’accusation ne tient pas, celui-ci doit être relâché dans le même état que lors de son arrestation. « L’habeas corpus ou le droit, pour un prisonnier, de comparaître vite devant un magistrat qui juge si sa détention est légale… » Cf. Inchauspé, Dominique (1999). « Préface. » in. L'habeas corpus. Paris, Editions Confluences. Collection "voix de la cité": 7-12.
  85. 85. La thématique du séminaire 2005-2006 de Didier Fassin à l’EHESS, intitulé Economie morale et action politique s’inscrit dans l’analyse de l’action politique et des valeurs, des normes, des jugements et justifications que la soutiennent.
  86. 86. L’ouvrage collectif de Silvia Arrom et Servando Ortoll (1996) appartient à cette démarche critique portant sur l’histoire des révoltes populaires et des insurrections urbaines des grandes villes latino-américaines. Ces historiens ont travaillé en particulier sur les révoltes urbaines à Quito, Bogota et Rio de Janeiro aux 18ème et 19ème siècles. Ils recourent à la notion d’« économie morale » (E.P. Thompson 1973), qui s’inscrit dans la tradition marxiste, et désigne une « communauté qui explose contre le pouvoir colonial lorsque celui-ci viole les normes tacites de gouvernance. » (1996 : 17).
  87. 87. José Tomas Boves, un caudillo asturien non créole mais qui avait dès son jeune âge vécu dans les grandes plaines vénézuéliennes, se mis en 1814, avec son armée composée d’habitants des plaines centrales (de la région des Llanos), au service de la cause royale pour contrer Bolivar et ses patriotes. Boves surgit brusquement au cours de la guerre contre le gouvernement espagnol et les institutions coloniales et « l’idéal républicain lui semblait incompréhensible, dépourvu de signification concrète » (Uslar Pietri 1986 : 103). On trouvait chez ses partisans armés une grande hétérogénéité de groupes sociaux : il y avait notamment de très nombreux esclaves « royalistes » qui n’adhéraient pas à la cause de Bolívar qu’ils associaient à celle des « blancs créoles » détenant le pouvoir politique et la propriété des terres. Les forfaits des troupes de Boves, une armée de lanciers « semant terreur et destruction sur la totalité du territoire », mettent en lumière bien des aspects du caudillisme et de la pratique du pillage : « il incarnait aux yeux de ses hommes une glorification de leur propre image, une réalisation de leurs espoirs et l’apaisement de leurs rancœurs personnelles » (Uslar Pietri 1986 : 106).
  88. 88. Germán Carrera Damas (1991 : 248) signale ainsi que le pillage comme procédure militaire au cours du 19ème siècle s’explique au Venezuela par : « (…) la pénurie fiscale, le démantèlement de l’activité économique, la rareté des ressources et les difficultés de ravitaillement, l’appauvrissement de tout le territoire et l’apparition du banditisme. » L’historien fourni une typologie des pillages pratiqués à l’époque en prenant en compte les modalités de la prise en otage d’une population, et les caractéristiques des combats (Carrera Damas 1991 : 249) entre le « pillage direct » et le « pillage voilé ». Il distingue d’ailleurs les« pillages d’entrée » (ou « pré pillage ») des « pillages de départ » et du « pillage à terme », quand un délai d’occupation de la ville a été établi, au cours duquel les soldats pouvaient piller librement (1991 : 151).
  89. 89. Le programme d’ajustement comportait deux volets. À court terme, différentes mesures cherchaient à établir les équilibres fondamentaux de l’économie : la fin du régime des changes multiples et l’unification des taux de change de la monnaie nationale par suite d’alignement sur le taux libre, la libération des taux d’intérêt, l’augmentation de tous les produits alimentaires sauf 18 intégrant le « panier de la ménagère » (la canasta básica), l’augmentation du prix des combustibles et des services publics et l’augmentation « sélective » des salaires. Simultanément, les consultants du « grand tournant » proposaient une série de reformes structurelles qui visaient à long terme l’ouverture externe et la dérégulation de l’économie. Ce « paquet » ressemblait assez fidèlement aux politiques d’ajustement structurel typiques et communes imposées à toute l’Amérique Latine au cours de la dernière décennie. Sur cet essai de réforme néolibérale, voir : Quenan, Carlos (1998). « Venezuela: le redressement économique inachevé. » Problèmes d'Amérique Latine (29): 53-71.
  90. 90. Les garanties de la Constitution de 1961 suspendues le 28 février 1989 sont : article 60 dont les alinéas concernent les conditions de la privation de liberté et la demeure en détention ; l’article 64 qui assure le droit à la libre circulation, l’article 66 sur la liberté d’expression, l’article 71 sur le droit aux rassemblements publics et privés, et l’article 115 sur le droit de manifester pacifiquement sans armes.
  91. 91. Le parti politique Movimiento al socialismo MAS a fait partie de la coalition politique organisée autour de la candidature d’Hugo Chávez en 1998. En 1999, lors des désaccords avec la politique gouvernementale, le MAS s’est divisé en MAS oficialismo (devenu par la suite PODEMOS) et MAS oposición. Castillo est resté dans le camp MAS-opposition à cause des dénonciations de corruption qui a fait à l’égard des fonctionnaires à Vargas. Le Président Chávez ne l’a pas soutenu dans cette affaire, ce qui a conduit à leur rupture. Pour une histoire très complète de l’histoire du MAS et de sa signification politique dans la gauche vénézuélienne, latino-américaine et mondiale, voir : Ellner, Steve (1988). Venezuela's Movimiento al Socialismo. From Guerrilla Defeat to innovative Politics. Durham et Londres, Duke University Press.
  92. 92. Entre le 15 et le 19 décembre, le député de l’état de Vargas à l’Assemble nationale, Pedro Castillo (MAS) a déambulé avec trois compagnons de route dans la zone dévastée un. Castillo habitait -et habite encore aujourd’hui- à Catia La Mar avec sa famille. Il s’est sauvé de la catastrophe avec Jaime Barrios député à l’Assemblée constituante. Wilmer Torres n’a pas eu cette chance. Il est mort à Carmen de Uria et son corps n’a jamais été retrouvé. Les trois hommes, politiciens, connaisseurs et originaires de la zone étaient ensemble lorsque les coulées de boues ont commencé.
  93. 93. L’état de Vargas était représenté par deux députés à l’Assemblée constituante, Jaime Barrios (MAS) et un lieu- tenant de la Garde Nationale Antonio Rodriguez, proche des bolivariens, le gouverneur actuel (Polo Patriótico). Ils sont tous les deux signataires de la nouvelle charte constitutionnelle. Cf. (1999). Constitución de la República Bolivariana de Venezuela. Caracas, Imprenta Nacional., p. 412
  94. 94. Morillo Ramos, Morelia (2000). « Los casos de Vargas generan dudas y diferencias en opinion del publico. » El Universal, 25 janvier 2000.
  95. 95. Mayorca, Javier Ignacio (1999). « Ejecutivo endurece vigilancia para impedir nuevos saqueos en Vargas. » El Nacional. 23 décembre 1999. Et aussi : Mayorca, Javier Ignacio (1999). « Militarizado el puerto de La Guaira para evitar nuevos saqueos. » El Nacional, 22 décembre 1999.
  96. 96. « Je suis allée leur demander une protection policière et c’était un enfer. Il y avait tout sorte de situations dramatiques : des enfants seuls qui cherchaient leurs parents, des gens tous nus qui pleuraient et criaient, des parents qui cherchaient leurs enfants. Les unités de la Garde nationale transféraient les gens au Poliedro et dans d’autres centres d’hébergement. » (Religieuse n°2. Entretien à l’hôpital San José, Maiquetía. Juin 2004)
  97. 97. Martin Cuervo, Enrique (2000). El desastre que nos destrozó la vida, I, II et III. Caracas, 18 p.
  98. 98. La « disparition forcée » est un concept qui relève d’un euphémisme juridique pour désigner les « exécutions extrajudiciaires » non confirmées. Cette notion et son traitement social et politique est développée dans le sous-chapitre suivant.
  99. 99. Mayorca, Javier Ignacio (1999). « Militarizado el puerto de La Guaira para evitar nuevos saqueos. » El Nacional, 22 décembre 1999.
  100. 100. La zone de Los Corales comptait de nombreux immeubles d’appartements de vacances appartenant à des familles de classes élevées de Caracas, souvent très bien équipés et luxueux.
  101. 101. Le mot exact est cogeculo, un gros mot d’usage courant chez les jeunes de Caracas pour indiquer une grande cohue.
  102. 102. Le deputé Castillo racontait que les agents de la DISIP ont remorqué sa voiture dans un entrepôt pour la signaler ensuite comme une voiture volée. De nombreuses personnes ayant quitté les lieux en hélicoptère avaient laissé leurs voitures dans des parkings parfois inondés. « [Le 19], une fois sur place, [à La Guaira] nous avons découvert que Juan Carlos Otaiza, le frère d’Eliécer Otaiza et d’autres agents de la DISP étaient là et avaient monté une opération pour voler les voitures stationnées dans les bâtiments et piller les appartements. Ils ont été les premiers pilleurs des appartements. Et la plupart des problèmes, des morts et des gens tués ont été causés par des disputes avec et entre eux. Eux, ils ont enlevé les voitures avec des grues et ont pillé les appartements. Je les ai vu, dans la montée de Tanaguarenas, j’ai vu comme ils pillaient une maison et volaient les choses de valeur. » (Entretien avec le député Pedro Castillo. Siège du parti politique MAS (Movimiento al Socialismo), à Vargas, juin 2003)
  103. 103. Morillo Ramos, Morelia (2000). « Los casos de Vargas generan dudas y diferencias en opinion del publico. » El Universal, 25 janvier 2000.
  104. 104. (2000). « Cruz y Calvario. » El Nacional, 22 janvier 2000.
  105. 105. Il faudrait toutefois définir certains termes du vocabulaire des associations défense des droits de l’homme : « Il y a exécution sommaire ou arbitraire quand la peine de mort est appliquée sans respecter les garanties constitutionnelles (…) Il y a exécution extrajudiciaire si un gouvernement dissimule pour assassiner hors de toute procédure légale ; c’est le cas des exécutions perpétrées par des « escadrons de la mort » ou des bandes armées qui agissent avec la complicité des Etats, ou dans le cas des massacres comme au Rwanda, au Burundi, dans l’ex-Yougoslavie ou le Cambodge…. ». Cf. Ndiaye, Bacre Waly (1994). "Le droit à la vie: utilité, efficacité et limites des mécanismes internationaux." in. Les disparitions. Amnesty International. Paris, Babel: 54-75.
  106. 106. Je reprends ici la formule « disparition forcée », traduction littérale de l’espagnol employée par les organisations des droits de l’homme. La définition proposée par Amnesty International :« Les disparitions forcées sont le paradigme de toutes les autres situations de violations des droits humains (…) Les abus qui accompagnent le plus généralement ces disparitions (conditions d’arrestation, violences et tortures, morts tragiques…) ne font qu’ajouter à l’horreur de cette offense et agression à l’intégrité de la personne. » Jacques, André (1994). "Mort physique et mort symbolique." in. Les disparitions. A. International. Paris, Babel: 88-97.
  107. 107. Davies, Vanessa (2000). « Una noche en estado de sitio. » in. Carlos Ortiz (dir.) Y El Avila bajó al mar. Caracas, El Nacional, p. 122.
  108. 108. Depuis leurs création en 1989, COFAVIC (Comité de familares y victimas del 27 de febrero) et PROVEA (Programa de venezolano de educación-accion en derechos humanos), ONGs de défense des droits de l’homme, ont systématiquement amené les exactions commises par les forces de l’ordre vénézuéliennes devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Leur réussite la plus importante est la reconnaissance par l’État vénézuélien du droit des familles des victimes du 27 février 1989 à recevoir une indemnisation en 2004. Gómez Quiroz, Vanessa (2006). « Cofavic: 97% de los casos del Caracazo sigue en investigación. » El Nacional, 2 mars2006.J’ai mené mon enquete à COFAVIC. Constituée en 1989 cette association fournit une aide judiciaire aux familles des victimes portant plainte contre l’État via le ministère public
  109. 109. (2000). « Min-Defensa pide pruebas a denunciantes de violaciones de derechos humanos en Vargas. » El Nacional, 11 janvier 2000.
  110. 110. Le « Rapport PROVEA », mentionne notamment les disparitions de Marco Antonio Monasterio Pérez et Oscar Blanco, arrêtés à Valle del Pino par de soldats de l’Armée de terre du corps de parachutistes et livrés ensuite à la DISIP, et de José Francisco Rivas Fernandez, arrêté à Caraballeda, le mardi 21 décembre 1999. Un témoin a déclaré avoir vu l’exécution de trois hommes, par la DISIP à Los Corales. Il est impossible, bien évidemment, de certifier que l’un des hommes exécutés soit Oscar Blanco.Cf. PROVEA (1999). Caso Vargas. Justiciabilidad del derecho a la vida, a la integridad, al debido proceso y prohibición de la desaparición forzada. Programa venezolano de educación-accion en derechos humanos, Caracas, 2 p.
  111. 111. Troconis Villarreal, Moisés et Ivan Rincon Urdaneta (2000). Expediente N°00-0648. Ponencia. Tribunal Supremo de Justicia. Sala Constitucional, Caracas.
  112. 112. Ibid.
  113. 113. Lopez, Edgar (2003). « Venezuela pagará ante la OEA excesos cometidos durante la tragedia de 1999. » El Nacional, 17 décembre 2003.
  114. 114. Troconis Villarreal, Moisés et Ivan Rincon Urdaneta (2000). Expediente N°00-0648. Ponencia. Tribunal Supremo de Justicia. Sala Constitucional, Caracas.
  115. 115. Ibid.
  116. 116. PROVEA (1999). Caso Vargas. Justiciabilidad del derecho a la vida, a la integridad, al debido proceso y prohibición de la desaparición forzada. Programa venezolano de educación-accion en derechos humanos. Caracas, 2 p.
  117. 117. (2000). « Min-Defensa pide pruebas a denunciantes de violaciones de derechos humanos en Vargas. » El Nacional, 11 janvier 2000.
  118. 118. L’adoption des traités internationaux comme législation nationale est exposée dans l’article n° 23 de la Constitution bolivarienne : “Los tratados, pactos y convenciones relativos a derechos humanos, suscritos y ratificados por Venezuela, tienen jerarquía constitucional y prevalecen en el orden interno, en la medida en que contengan normas sobre su goce y ejercicio más favorables a las establecidas en esta Constitución y en las leyes de la República, y son de aplicación inmediata y directa por los tribunales y los demás órganos del poder público”. (2000). Constitución de la República Bolivariana de Venezuela de 1999. Caracas, Imprenta Nacional.
  119. 119. Moleiro, Alonso (2005). « No se ha producido una sola sentencia condenatoria por desapariciones forzadas. » El Nacional, 2 juillet 2005.
  120. 120. Racines, Karem (2005). « Diferido juicio contra implicados en desapariciones en Vargas. » El Nacional, 07 juillet 2005.
  121. 121. Gómez Quiroz, Vanessa (2005). « Cofavic rechazó posición del Gobierno por desapariciones en Vargas. » El Nacional, 23 juillet 2005.
  122. 122. Danièle Lochak décrit ainsi l’origine du célèbre principe juridique : « Dans le writ d’Habeas Corpus » rédigé en 1679 pour les pactes anglais à l’époque de Charles II, les membres du Parlement entendent prémunir contre les arrestations arbitraires et garantir le respect des droits de l’inculpé et du détenu. Ce texte fondateur, méticuleux et puissant, est composé de vingt et un articles qui fourmillent de détails sur la réglementation de la détention et l’indemnisation des abus, et au cœur de sa procédure figure l’obligation de : « (présenter) corporellement toute personne détenue à un juge afin qu’il décide de la légalité de cette détention (…) Tous ces textes ont de caractéristiques communes qui les distinguent nettement des déclarations de la fin du 18ème siècle : ils n’entendent pas proclamer des principes abstraits et universellement valables, mais remédier à des abus précis et garantir, de façon toute pragmatique, les libertés des Anglais ici et maintenant, grâce à des règles de procédure très concrètes et détaillées. Ils n’en sont pas moins annonciateurs des textes ultérieurs en ce qu’ils visent à garantir les libertés – et notamment la liberté individuelle – contre l’arbitraire et affirment la prééminence du Parlement sur l’exécutif, fondement de la liberté politique. Montesquieu et Voltaire, observateurs attentifs des institutions britanniques, en retiendront l’importance des règles écrites pour assurer la sécurité juridique. » Lochak, Danièle (2002). Les droits de l'homme. Paris, La découverte. p. 20.
  123. 123. Article 60 du COPP, (Codigo orgánico procesal penal) et l’article n° 27 de la Constitution de 1999. (2000). Constitución de la República Bolivariana de Venezuela de 1999. Caracas, Imprenta Nacional.
  124. 124. « Un fait manifeste bien ce caractère ambigu (ou polaire) de la démocratie : tandis que l’habeas corpus était destiné initialement à garantir la présence de l’accusé dans un procès et donc à l’empêcher de se soustraire au jugement, dans forme nouvelle et définitive, l’habeas corpus se renverse en obligation pour le magistrat d’exposer le corps de l’accusé et de justifier la détention. » (Agamben 1997 : 135)
  125. 125. À différence de l’association argentine COFAVI fondée en 1992 qui ne défend que les victimes des forces de l’ordre « innocentes » ou réclament leur innocence, la COFAVIC vénézuélienne défend les victimes des violences policières même si celles-ci sont des délinquants. Une analyse du travail de la COFAVI argentine ainsi que d’autres associations latino-américaines de défense des droits de l’homme se trouve dans : Caldeira, Teresa (1996). « Crime and individual rights: Reframing the question of violence in Latin America. » in. E. Jelin et E. Hershberg (dir.) Constructing democracy: human rigths, citizenship, and society. Boulder, Oxford, Westview press, 1996: 197-211.
  126. 126. L’enjeu pour cette association s’inscrit dans des pratiques devenues courantes dans les institutions policières vénézuéliennes. Pour Cofavic, La Tragedia est le point de départ des pratiques violentes développées par la suite par « groupes d’extermination », des « escadrons de la mort » et le sicariato. Ces groupes clandestins sont fortement soupçonnés de faire partie des institutions policières ont mis à l’œuvre le « nettoyage social ». Depuis 2001, les assassinats des supposés délinquants qualifiés de « déchets » sociaux –souvent annoncé par des notes anonymes envoyées aux familles comme c’est le modus operandi du macabrement célèbre « Groupe Exterminio » de l’état de Portuguesa — sont devenus une pratique courante. Ces actions sont pourtant exercées par des groupes dits « para policiers » dans les départements gouvernés par des élus appartenant au mouvement politique pouvoir comme à l’opposition.
  127. 127. « En effet, la DISIP a allégué des « raisons » d’État pour justifier son refus de publier les photos des officiers qui ont travaillé dans le littoral central (état de Vargas) lors de la catastrophe. (…) » (Cf. Diaz, Sara Carolina (2000). « Cofavic alerta que se impide investigacion en el caso de Vargas. El Estado no debe encurbir desapariciones forzadas. » El Universal. 26 janvier 2000 )
  128. 128. « Les autorités empêchent que les investigations des droits de l’homme et les disparitions forcées dépassent la première étape du procès. En ce moment, les familles des affectés ont posés tout leur espoir dans es actions des organismes internationaux. » Diaz, Sara Carolina (2000). « Cofavic alerta que se impide investigacion en el caso de Vargas. El Estado no debe encurbir desapariciones forzadas. » El Universal, 2 septembre 2000.
  129. 129. Ainsi, Amnistie Internationale demanda aux gouvernements de veiller à ce que toute disparition forcée :« …soit considérée comme un crime, frappé d’une sanction proportionnelle à la gravité d’un tel acte (…) Les procès doivent se dérouler devant des tribunaux civils. Les auteurs ne doivent pas bénéficier de mesures légales les exemptant de poursuites ou de sanctions pénales (…) Les hauts fonctionnaires assumant des responsabilités hiérarchiques qui ordonnent ou tolèrent des « disparitions » imputables à leurs subordonnés doivent être tenus pénalement responsables de ces actes (…) L’ordre d’un supérieur ou d’une autorité publique ne saurait en aucun cas être invoqué comme justification de la participation à une « disparition. » (1994). Les disparitions. Paris, Amnesty International. Babel.
  130. 130. Comme l’a signalé Dominique Inchauspé, l’habeas corpus est un « mythe » qui, dans les démocraties occidentales modernes, pèse d’un grand poids sur l’imaginaire mais exerce une faible pression sur la réalité. Elle rappelle l’inutilité de l’habeas corpus dans les pays comme la France ou le Royaume Uni : « Dès nos jours en Grande Bretagne il n’est plus utilisé. La police, qui a le pouvoir de mettre en examen, le fait assez vite pour éviter que le magistrat ne sanctionne une détention devenue illégale » (…) « En France, cette problématique est inutile : les gardes à vue sont plus courtes que dans les pays anglo-saxons, la police ne se met pas en examen, le suspect est déféré à un juge d’instruction tout de suite ; (…) Les incarcérations abusives et la durée excessive des détentions provisoires –tares de la justice française- tiennent à des problèmes spécifiques … » Cf. Inchauspé, Dominique (1999). "Préface." in. L'habeas corpus. Paris, Editions Confluences. Collection "voix de la cité": 7-12.
  131. 131. Gómez Quiroz, Vanessa (2005). « Cofavic rechazó posición del Gobierno por desapariciones en Vargas. » El Nacional. 23 juillet 2005
  132. 132. Le porte-parole de COFAVIC signale dans ce sens que : « l’impunité constitue un axe transversal de la démocratie vénézuélienne. Les mécanismes de l’impunité sont de plus en plus efficaces et institutionnalisés. Les réseaux de complicité se répandent progressivement grâce à l’impunité » Gómez Quiroz, Vanessa (2006). « Cofavic: 97% de los casos del Caracazo sigue en investigación. » El Nacional. 2 mars 2006.En 2006, le constat de COFAVIC est sévère vis-à-vis de l’Etat vénézuélien : pas de condamnation des fonctionnaires qui ont exercé un « usage disproportionné de la force publique » ni procès, ni sanction ni enquête en cours sur les responsables des actions de répression lors du Caracazo. En 17 ans, l’organisation a pu documenter 45 cas d’assassinat et « disparitions forcées » perpétrées par les forces de l’ordre parmi de centaines de plaintes dans tout le territoire national. Seules deux ont abouti à l’ouverture d’un procès.
  133. 133. Depuis les coups d’état manqués de 1992, les rumeurs de conspiration occupent une place très importante sur la scène publique vénézuélienne. À partir de 1998, avec la polarisation, apparaissent deux types de rumeurs. D’une part, les « conspirations », que dénonce l’opposition, sur l’infiltration d’agents secrets cubains dans la police vénézuélienne, la propagande idéologique dans les programmes éducatifs officiels, l’écoute de lignes téléphoniques, etc. D’autre part, les accusations du gouvernement contre l’opposition portent sur le fait que ses membres soutiendraient l’espionnage de la CIA, seraient complices d’un projet de magnicide, etc. Une bonne quantité de ces rumeurs a été confortée par des faits, publiquement reconnus par leurs protagonistes : citons le coup d’État manqué contre Chávez par un groupe de militaires avec le soutien de FEDECAMARAS (la Confédération des patrons), le statut important dont bénéficient les conseillers cubains dans tous les cabinets du pouvoir exécutif, et enfin la communication directe et permanente des hautes sphères du palais de Miraflores avec le pouvoir de la Havane.
  134. 134. Jesús Urdaneta Hernandez affirme dans ses entretiens publiés que « La Tragedia permit à Chávez de se débarrasser de moi ». (Barrera Tyszka et Marcano 2005 : 201).
  135. 135. « Moi, je me suis senti comme le bouc émissaire de Chávez, c’est lui qui m’a fait porter cela. » (Entretien avec Jesús Urdaneta Hernandez, dans Blanco Muñoz 2003: 199)
  136. 136. (2000). « Renunció Urdaneta a dirección de la Disip. » El Universal 22/ janvier 2000.
  137. 137. Cet historien professeur à l’Université Centrale a mené des entretiens directs et confronté les versions de presque tous les commandants de la lutte armée des années soixante et soixante-dix, des résistants à la dictature de Perez Jiménez à la fin des années 50. Il a lui-même fait parti de la guérilla. Ses ouvrages appartiennent à une collection nommée « Témoignages violents », dont il est le directeur. L’ouvrage consacré à Chavez, Habla El Comandante (1998), est devenu un best seller national et donne accès aux explications de Chavez concernant son idéologie, ses valeurs et ses propos politiques. L’ouvrage sur Urdaneta, n’a été écrit que cinq ans plus tard alors que Blanco Muñoz, désormais très fâché avec Chavez à cause de sa « politique néolibérale », avait rejoint les files de l’opposition de gauche, et souhaitait retrouver des « vrais » bolivariens. Son revirement politique explique sa résolution de réaliser la biographie d’Urdaneta Hernandez qui venait d’être destitué de son poste de directeur de la DISIP.
  138. 138. Ma traduction de l’expression courante au Venezuela: Chico, ¿qué tengo yo que ver con eso ?
  139. 139. Chef de la police secrète d’Alberto Fujimori, il figure dans la liste des anciens élèves de l’académie militaire de Fort Benning, en Géorgie où ont été formés de nombreux officiers latino-américains reconnus coupables de violations des droits de l’homme. Ramis, Alvaro (2006). « Haro sur l'"école des assassins ».Courrier International (827): 30.
  140. 140. Fréderique Langue (2000) rappelle des sondages selon lesquels le « cas Montesinos » est, après La Tragedia, l’un des problèmes les plus graves auxquels ait été confronté le gouvernement (2000 : 157). L’opération de capture de Montesinos resta confuse. Le gouvernement du Président Chavez (représenté par le ministre José Vicente Rangel et le député du MVR Pedro Carreño) eut du mal à expliquer pourquoi Montesinos, le fugitif le plus recherché de l’Amérique latine en 2001, se trouvait dans le pays et pourquoi sa capture avait été effectué par le célèbre agent de la police péruvienne et ministre de l’Intérieur du Pérou Antonio Ketin Vidal (le même qui a arrêté à Abimael Guzmán, le commandant du Sentier Lumineux). La presse vénézuélienne et latino-américaine recensa longuement le « cas Montesinos » et le système de corruption installé par le président Alberto Fujimori (1990-2000) entre avril et décembre 2001. Voir aussi : RSF (2002). PERÚ - Informe anual 2002, Reporteros Sin Fronteras. Disponible sur : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=1579 [consulté le 07 septembre 2006]
  141. 141. Les rumeurs signalaient que le gouvernement vénézuélien lui aurait même offert une chirurgie plastique pour modifier son visage et ne pas être reconnu par les services secrets péruviens. Cf. (2001). ¿Quién oculta a Montesinos?" Tal Cual. 5/04/ 2001. Voir aussi : (Barrera Tyszka et Marcano 2005 :311)
  142. 142. « Nous avons été vilainement trompés. Il fait la même chose avec le peuple du Venezuela » (Blanco Muñoz 2003 :242)
  143. 143. (1999). « Tiempo de tragedia. » El Nacional, 17 décembre 1999.
  144. 144. El Poliedro est une structure métallique imposante, d’architecture moderne, en forme de dôme, située dans le sud-ouest de la ville de Caracas.
  145. 145. Aujourd’hui, deux revues scientifiques internationales portent sur les catastrophes, International Journal of Mass Emergencies and Disasters, publiée aux États-Unis, et Disasters publiée au Royaume Uni.
  146. 146. (1999). « Trasladados mas de 12000 afectados a Carabobo. » El Nacional. 21 décembre 1999.
  147. 147. Idem.
  148. 148. Davies, Vanessa, Ruben Wisotzki, et al. (1999). « Emergencia nacional. Dónde estan los míos? » El Nacional, 18 décembre 1999.
  149. 149. Les barrios populaires nommés « de la vieille route Caracas-La Guaira » (entre autres, El Limon, Gramoven, La Llanera, Federico Quiroz) se caractérisent par une forte instabilité géologique combinée avec une grande pauvreté. De nombreuses ethnographies recueillies dans ce travail (Parties I et II) correspondent à des familles issues de ces quartiers. Ces quartiers furent affectés à nouveau en 2006 en raison de l’évacuation forcée de 1.800 familles suite à la chute et démolition du viaduc de l’autoroute. Aujourd’hui il y a 9.000 maisons bâties dans des conditions « à risque ». (Cf. Atías, Rafael et Ana Elena Azpúrua, (dir.) (2006). La Caracas- La Guaira. Des esplendor a la debacle. Caracas, El Nacional.)
  150. 150. (1999). Testimonios des rescate de Maria Eugenia Perez Parra. Catastrofe en Venezuela, 4 p.
  151. 151. Dans sa recherche sociologique consacrée à la crise de la canicule à Chicago, il montre l’impact qu’a eu le traitement technique et non pas politique de cet événement qualifié d’imprévisible. Dans le cas de la canicule de Chicago de 1995, Klinenberg soutient qu’elle n’a pas déclenché de crise de légitimité du pouvoir local : « même si elle a généré des centaines de morts, elle n’a eu presque aucun impact sur les élites et n’a produit que très peu de dommage aux affaires économiques » (2004 : 315). Le maire de Chicago n’a jamais reconnu publiquement que la ville avait failli dans sa responsabilité de protéger la santé de ses habitants, en particulier de ceux qui se trouvaient dans des conditions sociales de précarité et d’exclusion.
  152. 152. Rapport du FUS au 8/03/2000
  153. 153. Le travail d’Oliver-Smith (1999 : 159) montre pourtant que les inégalités sociales et les discriminations raciales se sont manifestées lors de la distribution de l’aide parmi les rescapés et sinistrés. Il souligne ainsi que la fraternité de la douleur apparaîtrait et disparaîtrait selon des circonstances qu’il convient d’expliciter. Il relate une scène dans laquelle un fonctionnaire local avait informé les travailleurs sociaux responsables d’un campement de sinistrés que les indiens ne devraient pas être les bienvenus dans le site et que, si certains arrivaient, il se réservait le droit de choisir leur lieu de résidence. Une travailleuse sociale lui a répondu : « nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu ! » Indigné, il a répliqué : « non, nous ne sommes pas égaux ! ». L’esprit de fraternité soulevé la première semaine suivant le désastre et qui avait, apparemment, supprimé les frontières entre classes sociales ainsi que la différentiation raciale, s’était dissipé.
  154. 154. La conquête et colonisation ont profondément bouleversé l’adaptation de la société inca aux aléas environnementaux dans zone géographique dont la climatologie et la géologie sont potentiellement très destructrices (Oliver-Smith et Hoffman 1999 : 77). Les recherches archéologiques démontrent combien le modèle inca d’occupation de la terre ainsi que les techniques de construction étaient efficaces pour résister aux éruptions volcaniques, aux crues et aux tremblements de terre (1999 : 79).
  155. 155. Katrina aurait « dévoilé » une « face cachée » du pays le plus riche du monde. Le cyclone fut rebaptisé de « Tsunami noir » par let prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz en référence d’une part, au raz-de marée qui avait profondément affectée le sud-est asiatique et l’est de l’Afrique en décembre 2004 et, d’autre part, au fait que la population affectée par Katrina était majoritairement pauvre et noire. Cf. Stiglitz, Joseph E. (2005). « Las enseñanzas del "tsunami negro" ».El Pais, 18 septembre 2005.
  156. 156. Rappelons que l’expression « sauvetage à la Titanic » utilisée par les secouristes vénézuéliens faisait allusion au désordre qui régnait lors de l’embarquement dans les hélicoptères et les bateaux militaires ainsi qu’à la décision des militaires, qualifiée par les secouristes civils d’absurde, de séparer les familles au moment du secours.
  157. 157. Leser, Eric (2005). « On vit comme des animaux depuis qautre jours, sans éléctricité, sans eau, sans toilettes, sans rien » Le Monde, 3 septembre 2005.
  158. 158. Fernandez Alonso, Nélida (1999). « Desalojan a afectados de los colegios para hacinarlos en el Poliedro de Caracas. » El Nacional 31 décembre 1999.
  159. 159. Nuñez, Marielba (2000). « Otros 10.000 damnificados serán trasladados al Poliedro. » El Nacional. 3 janvier 2000.
  160. 160. Davies, Vanessa, Marielba Nuñez, et al. (1999). « Centros para damnificados agotaron su capacidad. » El Nacional. 18 décembre 1999, et aussi : Delgado, Claudia (1999). « Parque Naciones Unidas y estadio Brígido Iriarte no recibirán más personas ». El Nacional. 21 décembre 1999.
  161. 161. Lorsque je suis arrivée à Caracas en mai 2000, le refuge d’El Poliedro était déjà évacué et des concerts avaient été programmés par les gérants de la salle de spectacles. J’ai obtenu des informations sur ce refuge grâce à des entretiens avec des sinistrés y ayant séjourné et avec des bénévoles –en particulier deux professeurs d’université qui y ont prêté leur concours car ils avaient des liens avec des familles affectées.
  162. 162. Les premiers occupants du refuge de Pinto Salinas, issus des évacuations massives menées à Vargas ont été transférés ailleurs deux semaines après leur installation.
  163. 163. Lors de leur mise en place les refuges on été systématiquement nommés par le gouvernement « Refugio de La Dignidad… », suivi du nom du quartier où le local était installé.
  164. 164. Central Madeirense : Chaîne de supermarchés très répandue au Venezuela, dont les propriétaires sont d’origine portugaise.
  165. 165. Cependant, l’installation d’électricité du refuge était illégale.
  166. 166. Or, j’ai constaté que l’Alcaldía mayor mit les locaux à la disposition du Fondo Unico Social, organisme responsable de la gestion de la prise en charge. Le FUS a donné le nom au refuge La Dignidad de Pinto Salinas en concordance avec les programmes de « dignification » élaborés par le gouvernement du président Chávez à destination des couches populaires sinistrées par la catastrophe.
  167. 167. « J’ai eu l’opportunité de rencontrer Ligia S. pour l’interviewer ailleurs. Nous nous sommes donné rendez-vous dans les bureaux du Fondo Unico Social, en plein centre ville de Caracas. Je voulais observer le travail bureaucratique concernant les damnificados. Ligia a commencé par me parler de Pinto Salinas. Elle m’a dit qu’il s’agissait d’un endroit peu sûr, mais qu’au début le travail avait était « très facile » car les volontaires du quartier ont participé spontanément. Les gens du barrio ont toujours été là pour aider, même jusqu’à 20 heures du soir. Puis elle s’était épuisée quand le quotidien avait repris le dessus et les bénévoles du barrio reprirent leur vie « normale ». (Carnet de terrain. Entretien de Ligia. Bureaux du FUS, Centre ville de Caracas, 6 juin 2000)
  168. 168. Vincenti, Carmen (2005). Noche oscura del alma. Caracas, El otro, el mismo.
  169. 169. La militarisation de la prise en charge des sinistrés de La Tragedia sera développée en détail dans le chapitre 5.
  170. 170. « …the granddaddy of all assistance operations. We’re approaching this like a war – except we’re putting troops in the field to help people, not kill them”. Gore cité par Yelvington, Kevin A. (1997). "Coping in a temporary way. The tent cities." in. Hurricane Andrew. Ethnicity, gender and the sociology of disasters. W. G. Peacock, B. Hearn Morrow et H. Gladwin. Londres et New York, Routldge: 92-115.
  171. 171. (2005). « Militaires, Garde Nationale, Bush mobilise 42000 hommes dans les zones sinistrées. » Le Monde, 3 septembre 2005.
  172. 172. Le cinéaste Michael Moore, connu pour ses critiques mordantes à l’égard de la culture guerrière et de la politique extérieure des États-Unis, reprochait en septembre 2005 au Président George W. Bush d’avoir privé les victimes de Katrina des ressources militaires bloquées en Irak pour la deuxième Guerre du Golfe.
  173. 173. (2006). « Un rapport parlementaire dénonce les carences à tous les niveaux face au cyclone Katrina. » Le Monde. 13 février 2006.
  174. 174. Par ailleurs, la sociologie des organisations aborde les enjeux de la présence des Forces Armées dans des situations de crise par rapport aux éventuels conflits – ainsi qu’aux consensus– que celle-ci soulève au sein des institutions publiques. Les résultats de ces travaux laissent entendre que, dans un pays comme la France, le consensus sur le transfert de compétences des pouvoirs locaux aux militaires dans une situation catastrophique ne pose pas de problèmes majeurs. Je fais fondamentalement reference aux travaux suivants : Gilbert, Claude (1992). Le pouvoir en situation extrême. Catastrophe et politique. Paris, L'Harmattan. ainsi que celui de Clavandier, Gaëlle (2004). La mort collective. Pour une sociologie des catastrophes. Paris, CNRS éditions.
  175. 175. Le municipe était alors tenu par Aristobulo Istúriz, du parti politique La Causa R. Ochoa et Istúriz ont aujourd’hui ils tous les deux rejoint les files du parti PPT Patria para todos, membre de la coalition au gouvernement. Au début des années quatre-vingt-dix, les deux plus grandes réussites politiques du parti politique de gauche Causa R ont été la gestion de l’état Bolivar par Andrés Velázquez et la gestion de la mairie de Caracas par A. Istúriz.
  176. 176. La Causa R fut l’unique parti de gauche qui emporta deux élections (une locale et une autre régionale) et qui bénéficia d’important support populaire au début des années quatre-vingt-dix. Ce parti, fondé par Alfredo Maneiro, n’avait aucun lien prouvé avec le mouvement nationaliste bolivarien qui germait dans les casernes à la même époque. En revanche, dans un entretien avec Istúriz, Martha Harnecker, idéologue du régime bolivarien, réordonne le sens politique de cette gestion en faisant de celle-ci un antécédent historique du gouvernement du Président Chavez : « Caracas était une ville désorganisée sans culture de la participation. Pour cette ville, les coups d’état de1992 et les élections de décembre ont ouvert une voie d’espoir. Ceux qui dans cette ville se sont mis du côté des militaires en février 1992 ont voté pour moi et pour La Causa R. Ces gens-là regardent les choses différemment, d’une manière que ne correspond pas à la culture du parti politique traditionnel » Harnecker, Martha (1994). "La parroquialización del gobierno." Centro de Investigaciones Memoria Popular latinoamericana http://www.mepla.org/documentos/caracas.rtf [consulté le 17/06/2005]. Pour davantage de détails sur les rapports entre les partis politiques de gauche et le mouvement bolivarien, voir le chapitre 4.
  177. 177. Quelques familles sinistrées de la tempête Brett ont attendu pendant 13 ans l’obtention d’un nouveau logement hébergées dans les locaux vides d’un centre sportif municipal de l’est de la ville de Caracas. Paradoxalement, La Tragedia leur a redonné une visibilité médiatique. (Cf. Arias, Simon (1993). « La tormenta Brett ». http://www.bomberoscaracas.gov.ve/historia4.html [consulté le 14/06/2005] et Negrón, Marco (2005). « Desastre, temporales y reconstruccion. » El Universal, 11 février de 2005.
  178. 178. Le ruleteo est un terme vénézuélien qui désigne le parcours des ambulanciers d’hôpital en hôpital en quête d’une place pour un malade ou un blessé. Les patients issus des classes populaires sont évidement les plus susceptibles de se faire ruletear - le verbe existe aussi- car ils n’ont pas les moyens de payer l’admission dans une clinique privée. Les blessés par balle de la violence urbaine et autres patients gravement atteints meurent souvent dans les ambulances lorsqu’aucun hôpital ne les reçoit faute de place.
  179. 179. Fernandez Alonso, Nélida (1999). « Desalojan a afectados de los colegios para hacinarlos en el Poliedro de Caracas. » El Naciona, 31 décembre 1999.
  180. 180. Alain Rouquié (1982) souligne : « La catégorie locale des caudillos [en Amérique latine] est constituée par des chefs de partisans qui se disaient « générales » (1982 : 193)
  181. 181. Dans son essai Colegio, Cuartel, Convento publié en 1878, l’intellectuel équatorien Juan Montalvo analyse le rôle attribué à son pays en signalant le poids écrasant de l’Eglise dans l’organisation de la société équatorienne. Il y confirmait cette vision du Venezuela comme lieu « inculte », dont l’importance ne tenait qu’à ses casernes et forts militaires. L’essentiel de son œuvre a été repris dans Rodriguez Arenas, Flor Maria (2004). « Colegio, cuartel, convento. Juan Montalvo: estratega suasorio y constructor social. » Decimononica 1(1): 86-112..
  182. 182. Les guillemets reprennent ici les termes employés dans les sources historiographiques.
  183. 183. Les historiens soulignent qu’au début de son long régime, entre 1903 et 1909, la longévité au pouvoir de Gómez fut vécue, comme en témoignent les archives, comme un soulagement car au 19ème siècle le relèvement des pouvoirs publics se traduisait automatiquement par un bain de sang (Caballero 2003 : 113). Frédérique Langue (1999) analyse cependant que la remémoration du 19èmesiècle, marquée par le « désordre » des guerres civiles et les risques de « désintégration territoriale », a été en grande partie une construction de la plume des historiens positivistes et de leurs successeurs pour imposer les vertus singulières d’un gouvernement fort (199 : 194).
  184. 184. « Armée de terre vénézuliénne, forgeuse de libertés » : sur le site officiel de l’Armée de terre, la période du gouvernement de Gómez n’est pas mentionnée. L’Armée de terre contemporaine se présente comme la continuation de la l’Armée Libertadora de la guerre d’Independence coloniale (Cf. Sitio oficial del Ejército venezolano, "forjador de libertades". Disponible sur http://www.ejercito.mil.ve/historia.php [consulté le 22 décembre 2006].
  185. 185. Gómez, le « tyran libéral » selon Manuel Caballero (2003) gouverna entre 1908 et 1935, instituant ainsi l’une des dictatures les plus longues du continent. Son régime, personnel et répressif, était entouré d’une élite technocratique et modernisatrice qui a contribué « à donner au gouvernement une façade de modernité » (Langue 1999 : 251).
  186. 186. Gómez avait de plus mis au point des dispositifs pour se protéger contre les factions et les conspirations ; par exemple, l’accès à l’Académie militaire serait réservé aux andins, et plus particulièrement aux habitants de l’état Táchira, son lieu d’origine.
  187. 187. La dictature « gomeciste » connut cependant des actes de résistance, en particulier ceux des étudiants de Caracas, connus comme la « génération du 28 ». Parmi les plus importants de ces résistants on trouve Pio Tamayo, qui introduisit le marxisme dans le pays, ainsi qu’aux étudiants en droit Rómulo Betancourt, Jóvito Villalba et Joaquín Gabaldón Márquez. Voir aussi : Acedo de Sucre, Maria de Lourdes et Carmen Margarita Nones Merndoza (1994). La generación venezolana de 1928: estudio de una élite política. Caracas, Fundación Carlos Eduardo Frías.
  188. 188. En 1998, pris par erreur pour de guérilleros de l’ELN colombien, un groupe de quinze pêcheurs du village El Amparo furent massacrés par l’Armée de terre vénézuélienne et la DISP dans une action dite de « contrainsurgeance ». Deux pêcheurs survécurent pour raconter les conditions du massacre et l’usage demesuré des armes de guerre contre des pecheurs dans des pirogues et armés d’un fusil de chasse. Les coupables n’ont jamais été arrêtés ni jugés. Pour une reconstruction historiographique du massacre et une analyse menant à son inscription dans la sémantique de la violence politique du Venezuela, voir l’article : Coronil, Fernando et Julie Skurski (1991). « Dismembering and Remembering the nation: The semantics of Political Violence in Venezuela. » Comparative Studies in Society and History 33 (2): 288-337.
  189. 189. Le Movimiento 80 est le mouvement politique d’origine de nombreux membres civils du gouvernement d’Hugo Chavez. On peut particulièrement signaler Jorge Rodriguez, médecin, psychiatre, président de la Federacion de Centros Universitarios (FCU), organisation qui fédère les organisations d’étudiants de l’Université centrale) à la fin des années 80, président du Conseil National Electoral lors du referendum révocatoire d’août 2005 et nommé Vice-président le 7 janvier 2007, en remplacement de José Vicente Rangel, ainsi que Juan Barreto, le maire métropolitain de Caracas. Quant à Bandera Roja (BR), des membres du gouvernement sont aussi issus de ses files : Elias Jaua, ministre « Secrétaire de la présidence » et Luis Figueroa, ministre de l’Habitat et du Logement. Ils ont du quitter le parti BR pour rejoindre le gouvernement car son leader – Gabriel Puerta – n’a pas rejoint le « chavisme ».
  190. 190. Ces renseignements sont issus des lettres écrites en prison par les commandants et postérieurement publiées : Garrido, Alberto (2002). Documentos de la Revolución bolivariana. Mérida, Venezuela, Ediciones del autor. Dans ces lettres, le commandant Chavez mentionne avoir réalisé des réunions de travail dans les domaines économique avec des professeurs de l’UCV, futurs membres de son équipe ministérielle : Jorge Girodani, Adina Bastidas, Francisco Mieres, etc. (pp. 275-288)
  191. 191. D’ailleurs organisateur du Forum Social de Caracas, tenu en janvier 2004.
  192. 192. Cantaura est une petite ville de l’est du Venezuela, dit couramment « l’orient » du pays.
  193. 193. Rangel, Domingo Alberto (1987). « La masacre de Cantaura o cuando la democracia también mata. » Ultimas Noticias 18 octobre 1987. Suplemento Cultural.
  194. 194. La loi de l’autonomie universitaire avait été conquise suite à « l’intervention universitaire » pendant le premier gouvernement de Rafael Caldera (1969-1974).
  195. 195. En 1992, les militaires bolivariens ne se déclarèrent pas socialistes ni révolutionnaires mais de « patriotes ».
  196. 196. Dans nos discussions, le nom du lieutenant -colonel Chavez, alors prisonnier à Yare, était évoqué avec ferveur et admiration par certains, et avec méfiance par d’autres qui mobilisaient des arguments biographiques le disqualifiant : « Chavez est le filleul de Rafael Caldera, car ses parents ont été des militants de COPEI ». (Journal intime. Encapuchados UCV 1989-1992). En effet, la biographie du personnage n’était pas encore claire pour les militants des partis de gauche ni pour l’opinion publique. En dehors de la conspiration liée aux Forces armées, personne dans les partis politiques ou dans les groupes de discussion ne connaissait vraiment Hugo Chavez et son Movimiento Bolivariano 200 (MBR-200), et certains groupes de la gauche universitaire se disaient trop méfiants pour adhérer à la cause nationaliste du jeune parachutiste.
  197. 197. En 1989, Andrés Velázquez a été élu gouverneur de l’état Bolivar. Comme candidat à la présidentielle, Velázquez a ensuite bénéficié d’un score de 21,9% des voix. Pendant cette période LCR, a occupé la place du MAS dans la course pour une troisième option entre AD et COPEI.
  198. 198. Carrera Damas (1969 : 49) soulève ainsi l’identification faite entre le programme de Bolívar et celui de l’oligarchie après l’Indépendance : « L’ombre de Bolivar était très enracinée dans la conscience du peuple après les années de guerre et la politique de l’oligarchie a paradoxalement été présentée comme la réalisation du programme de Bolívar, de son programme d’émancipation. »
  199. 199. La symbolique patriotique des rites bolivariens pendant l’émancipation est traitée dans : Lomné, Georges (1990). « Révolution française et rites bolivariens: examen de transposition de la symbolique républicaine. » Cahiers des Amériques latines L'Amérique latine face à la révolution française. L'héritage revolutionnaire: une modernité de rupture: 159-176.
  200. 200. Je cite cette phrase presque de mémoire. Dans les écoles primaires, il y avait (et il y a encore aujourd’hui) des « sociétés bolivariennes » d’étude de la pensée de Bolivar ; on faisait des représentations et des dessins concernant des passages de la vie de Simón Bolívar, certains élèves récitaient de mémoire les discours du Libertador, tels que La Carta de Jamaica, le Discurso de Agostura, etc. La participation n’était pas toutefois obligatoire car elle se faisait aux heures de récréation. La doctrine bolivarienne était aussi enseignée dans un cours de lycée nommé Formacion social, moral y cívica.
  201. 201. Les cercles bolivariens sont des organisations sociopolitiques promues par le président Chavez depuis juin 2001 afin de soutenir le « processus révolutionnaire » qui a lieu au Venezuela sous son égide. Officiellement ils sont définis comme « le système d’organisation basique du peuple de Bolivar pour activer et diriger la participation des individus et des communautés dans le processus révolutionnaire afin de construire la société libre, indépendante que le père de la patrie avait rêvé ». Définition cité en : Gomez Calcaño, Luis et Nelly Arenas (2005). « Los círculos bolivarianos : El mito de la unidad del pueblo. » América latina hoy (39): 167-193, p. 180.
  202. 202. Delgado, Tania (2002). "The institutional restructuring of the Venezuelan Armed Forces. National and Regional Implications." in. Armies and Politics. E. Pashentev et C. Miniar-Belouratchev. Moscou, Library Authority and Society: 67-88, p. 82, la traduction de l’anglais au français est de moi.
  203. 203. Image issue du dossier de presse : Morgado, Ernesto (2003). "Intentona golpista desl 4 de febrero de 1992. Galeria de imágenes." El Nacional. http://www.el-nacional.com/Galeria/preview.asp?Id=18277&IdSeccion=64&NumPag=-9&Codigo_Galeria=94 [consulté le 2 avril 2007]
  204. 204. Morgado, Ernesto (2003). "Intentona golpista desl 4 de febrero de 1992. Galeria de imágenes." El Nacional. Disponible sur: http://www.el-nacional.com/Galeria/preview.asp?Id=18277&IdSeccion=64&NumPag=-9&Codigo_Galeria=94 [consulté le 2 avril 2007]
  205. 205. Il est important toutefois de noter que Zago et Arvelo militent actuellement, en 2006, dans l’opposition au président Chavez, et ceci depuis le début des années 2000.
  206. 206. Dans son ouvrage, Zago livre, avec très peu d’analyse, la transcription les entretiens qu’elle a eus avec les commandants insurgés lors qu’ils ont été faits prisonniers dans le Cuartel San Carlos puis transférés à la prison de Yare. Le livre met à nu les brimades et difficultés vécues par les rangs inférieurs des Forces armées, leurs espoirs et leurs pratiques. Aucun détail n’est épargné : noms, réunions, personnalités et dates des visites effectuées pour préparer l’insurrection.
  207. 207. En septembre 2006, le gouvernement vénézuélien dirigeait et finançait quatre chaînes de télévision directement administrées par le ministère de la communication, 75 journaux, 90 sites sur internet, 146 radios, la radio national du Venezuela et une agence national de presse. 25 chaînes de télévision dites « communautaires » sont aussi financées par le gouvernement.
  208. 208. La figure du llanero est très présente dans la littérature vénézuélienne, cristallisée notamment dans les ouvrages de Rómulo Gallegos. Le llanero a été souvent utilisé pour consolider l’État national alors même qu’il présente une certaine ambigüité : c’est au nom de la figure d’un homme subalterne, le paysan des plaines métis, guerrier mais aussi soumis aux des conditions de domination que s’est forgée la rhétorique de l’histoire nationale. Pour une étude de l’image du llanero et son rapport avec la construction d’une identité nationale voir : Rago, Victor (1999). “Llano y llanero: contribucion al estudio del forjamiento de una imagen.” Boletin antropologico. (45).
  209. 209. Cf. Chavez, Hugo (2003). 4F. Dia de la dignidad. Unidad cívico-militar garantía de la victoria. Cadena Nacional, discurso realizado en el Poliedro de Caracas. Caracas, Venpres, Disponible sur : http://www.aporrealos.org/actualidad/n4875.html [consulté le 08 septembre 2004]
  210. 210. Dans ce discours d’une grande valeur historique, Simon Bolivar avait jeté les bases d’un projet politique inspiré des Lumières pour l’Amérique latine.
  211. 211. Hugo Chavez dit avoir été d’ailleurs lui-même exempt de participer aux commandos chargés de réprimer les émeutes puisqu’il avait la varicelle.
  212. 212. Comme en témoigne Cofavic dans ses rapports, l’administration d’Hugo Chavez a même perpétuée à la politique de disqualification morale des victimes individuelles des exactions Initiée par le deuxième gouvernement de Pérez de 1989 à 1993 et poursuivie par celui de Caldera (1994-1998). Pour plus de détails sur les plaidoiries de l’Etat vénézuélien et des familles des victimes voir le site de Cofavic disponible sur : http://www.cofavic.org.ve/p-noticias-270204.htm [consulté le 19 juin 2005].
  213. 213. Chavez, Hugo (2000). Alocución del presidente de la Repúlica, Hugo Rafael Chávez Frías, ante el Parlamento de Canarias. Tenerife, Site officiel du cabinet du Président: http://www.venezuela.gov.ve [consulté le 25 juillet 2003]
  214. 214. D’autres témoignages insistent notamment sur le profond malaise moral éprouvé par les militaires dans cette « descente aux enfers », moralement minés d’être les auteurs du massacre : de retour aux casernes, ils « n’étaient plus les mêmes » (Blanco Muñoz 2003 : 311).
  215. 215. Combattant rebelle lors du coup d’Etat manqué du 4 février 1992 et l’uns des directeurs de la DISIP pendant La Tragedia. En janvier 2000, Chavez a exclu à Urdaneta Hernandez du gouvernement suite aux exactions de la DISIP à Vargas mais a soutenu Eliécer Otaiza. (Cf. première partie)
  216. 216. Les rituels politiques télévisés instaurés depuis 1998 n’ont pas lieu dans un contexte de campagne présidentielle et d’affrontement électoral entre candidats, comme dans les cas analysés par McLeod (1991 ;1999) ; cet auteur a en effet examiné la stratégie des républicains nord-américains pour vaincre d’éventuels candidats opposants à la candidature de George Bush au sein de leur propre parti, et l’usage de certains rituels destinés à changer d’image vis-à-vis des militants de son propre parti.
  217. 217. Pendant les quatre premières années du gouvernement (1998-2002), le président a diffusé ses émissions à l’heure des telenovelas, vers 9 heures du soir. Cela était devenu impopulaire même chez ses adhérents car les telenovelas sont très suivies dans le pays et, au moins deux fois par semaine, les vénézuéliens manquaient l’épisode du soir. Pour se faire pardonner, le Président commençait en disant : « je sais que les dames aiment bien regarder la novela mais j’ai quelque chose de très important à vous dire ». Cependant, ce type de cadenas a diminué car aujourd’hui, en 2005, le gouvernement dispose de quatre chaînes de télévision directement administrées par l’État où les activités présidentielles et des Forces Armées se diffusent largement au travers d’une la programmation ininterrompue, 24 heures sur 24.
  218. 218. Cette affiche a été publiée le 4 février 2007 dans tous les quotidiens à diffusion nationale.
  219. 219. Chavez, Hugo (2003). 4F. Dia de la dignidad. Unidad cívico-militar garantía de la victoria. Cadena Nacional, discurso realizado en el Poliedro de Caracas. Caracas, Veneres. Disponible sur : http://www.aporrealos.org/actualidad/n4875.html [consulté le 8 septembre 2004]
  220. 220. Idem.
  221. 221. Artiste populaire protestataire et compositeur très apprécié, Ali Primera chantait en vers les gloires de la révolution sandiniste et les misères de la guerre au Salvador. Il a été très proche des mouvements rebelles des guérilleros du MIR qui siégeaient dans les montagnes de l’ouest vénézuélien. Son image contestataire cassait les stéréotypes du folklore et de la musique commerciale populaires. Il portait la barbe et des cheveux frisés longs, à la mode afro.
  222. 222. Primera, Ali (1979). Los que mueren por la vida. Canción mansa para un pueblo bravo, http://www.saborgaitero.com/aliprimera_letras.htm. Consulté le 18/09/2006
  223. 223. « Je te chante Mamá Pancha, accoucheuse et rezandera, qui l’aurait vu ? Avec ta bouteille ! Oh ! Qui l’aurait dit ? Quelle misère, sur ta grande terre, ma Mamá Pancha ».Cf. Primera, Ali (1979). Mama Pancha. Canción para los valientes, http://www.saborgaitero.com/aliprimera_letras.htm. Consulté le 18/09/2006
  224. 224. Chavez, Hugo (2003). 4F. Dia de la dignidad. Unidad cívico-militar garantía de la victoria. Cadena Nacional, discurso realizado en el Poliedro de Caracas. Caracas, Venpres, http://www.aporrealos.org/actualidad/n4875.html, visitado el 08/09/2004. Consulté le 23 juillet 2003
  225. 225. Cardona, Rodolfo (2000). "Desfile original en Los Proceres." El Universal. 6/7/2000 Nacional y política6/07/2000
  226. 226. L’échec de la grève pétrolière (le paro petrolero) entre le 2 décembre 2002 et le 2 février 2003 constitue le point culminant de la constitution de l’hégémonie du projet politique bolivarien dans le secteur pétrolier. Les cadres de PDVSA se montraient hostiles à l’application du programme du gouvernement. Le Président Chavez licencie publiquement quatre-vingt-dix cadres de la corporation pétrolière le 26 décembre dans son émission radiotélévisée. À la fin de la grève, 18.756 ouvriers qualifiés furent licenciés. Cette grève marqua le moment le plus dramatique de la polarisation.
  227. 227. Ecrivain, fondateur en 1943 et directeur du journal El Nacional, militant du Parti Communiste vénézulién et exilé politique pendant la dictature de Gómez.
  228. 228. En 1945, l’espérance de vie au Venezuela était de 35 ans. Cette année-là a eu lieu la première campagne nationale de fumigation, organisée par la direction de malariologie du Ministerio de sanidad y asistencia social, dirigé par le Dr. Arnoldo Gabaldon, fondateur de la santé publique vénézuélienne moderne. En 1950, l’espérance de vie était passée à 55 ans. Gabaldón, Arnoldo (1988). "El estado, la conquista de la salud y de la educación." in. Apreciación del proceso histórico venezolano. R. J. Velásquez. Caracas, Fundación Universidad Metropolitana: 127-129.
  229. 229. Rodolfo Quintero est une figure importante de l’anthropologie marxiste vénézuélienne, ses études appartiennent aux ouvrages de référence au Venezuela. L’Institut de Recherches Economiques et Sociales de l’Université Centrale du Venezuela porte son nom.
  230. 230. Quintero s’inspire de deux sources analytiques pour construire sa critique de l’économie politique du pétrole. La première est celle du marxisme soviétique d’Alexie Leontiev qui pose une « conception marxiste de l’homme » : la culture de pétrole est basée sur « l’exploitation de la richesse nationale par les entreprises monopolistes étrangères » (1985 : 21). Au nom de cette conception, Quintero dénonce cette culture « nocive à l’humanité » qui engendre des « valeurs superficielles, du vide et de la souffrance (1985 : 51). La seconde source analytique est puisée dans l’ouvrage de George McClelland Foster. Il arrive ainsi à la conclusion que la culture du pétrole est néfaste aux « cultures autochtones ». Dans cette perspective, Quintero essaie de dénoncer l’impact du changement technologique engendrée par l’industrie pétrolière dans les réalités locales ; il considère le pétrole comme un « agent d’acculturation destructeur » comparable au processus de conquête coloniale qui impose ses propres façons de vivre, de s’habiller, de se nourrir : « le champ pétrolier est une institution colonisatrice organisée pour exploiter la main d’œuvre locale et détruire les normes culturelles antérieures » (Quintero 1985 : 34).
  231. 231. Homme politique et écrivain, Uslar Pietri est l’une des figures emblématiques des intellectuels vénézuéliens du 20èmesiècle.
  232. 232. La doctrine physiocratique classique est définie ainsi : « Par ce concept, il faut entendre un territoire suffisamment vaste pour permettre à une population nombreuse d’y vivre et prospérer par son agriculture, de sorte que son intérêt rejoint celui du gouvernement (généralement pensé sous une forme monarchique) dans la promotion de cette activité essentielle au rang de première branche d’un commerce parfaitement libre. » Demals, Thierry (2004). "Une économie politique de la nation agricole sous la Constituante?" Revue française d'histoire des idées politiques(20): 307-333. p. 307
  233. 233. Des anthropologues se sont attardés à analyser la nature anthropologique des présupposés des physiocrates de la France prérévolutionnaire relatifs aux règles naturelles de l’équilibre de l’économie. Pour approfondir cette reflexion voir : Gudeman, Stephen F (1980). "Physiocracy: A Natural Economics." Amercian Ethnologist 7(2): 240-258..
  234. 234. Le « mal hollandais » est une expression instaurée pour expliquer les effets de l’économie pétrolière en Hollande. Son usage n’est pas exclusif à ce phénomène. Par exemple, Bruno Lautier (2004 : 106) situe l’utilisation de cette notion dans le contexte du lien entre économie informelle et criminalité, particulièrement dans le cas des effets économiques de l’argent de la drogue, qui alimente la spéculation et la corruption.
  235. 235. Avocat, politicien et membre fondateur de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Lors du coup d’État de Pérez Jiménez contre le gouvernement de Rómulo Gallegos en 1948, Perez Alfonzo a été incarcéré pendant 7 mois puis expulsé du pays, accusé de communiste. Il vécut en exil jusqu’à la fin de la dictature de Perez Jiménez, en 1958 et revint au gouvernement pendant les années soixante.
  236. 236. Pendant les années soixante, le gouvernement vénézulién a poursuivi la politique économique pétrolière de réduction des concessions. En septembre 1960, Juan Pablo Pérez Alfonzo jeta les bases de l’OPEP en accord avec les ministres d’Arabie Saoudite, d’Irak, d’Iran et du Koweit et a été mondialement reconnu comme le précurseur de la lutte des pays pétroliers contre les intérêts des compagnies transnationales. Cette initiative de l’OPEP fut ainsi l’une des premières réactions de mise en cause de l’ordre international. Dans un documentaire récemment passé sur la chaîne française TV5, on lui donnait le nom de « gentleman guérillero ». La création de l’OPEP a en effet promu le Venezuela au rang de leader des causes des pays dits du Tiers Monde, et en particulier de ceux producteurs de pétrole.
  237. 237. Pérez Alfonzo a été ainsi la figure qui a le mieux incarnée la condamnation morale de l’usage incohérent du revenu pétrolier : il affirmait que les investissements arbitraires allaient conduire à la génération de biens somptuaires et d’activités économiques improductives néfastes du développement économique. Ses biographes signalent d’ailleurs que cette posture s’était traduite dans sa vie quotidienne : « Perez Alfonzo était un ascète à vie monastique qui alertait fréquemment le pays des dangers du consumérisme, de la croissance incontrôlée de la population et des projets pharaoniques financés avec l’endettement public, et la déviation des ressources des domaines essentiels ». Perez Vila, Manuel, Ed. (1988). Diccionario de Historia de Venezuela. Caracas, Fundacion Polar., p. 83.
  238. 238. Des économistes qui ont suivi systématiquement le comportement économique du pays ont fourni des éléments pour établir les causes de la crise du modèle rentier : « Tout au long de la période qui va de 1950 à la fin des années soixante-dix, la dynamique de croissance à long terme du Venezuela a été déterminée par le comportement du secteur externe et, plus précisément, par les variations du volume et des prix des exportations pétrolières. Malgré la diversification de l’économie, la part du secteur pétrolier dans le PIB vénézuélien a toujours été très élevée : 29% en 1950, et légèrement inférieure à 20% en 1990. En même temps, le progrès du poids relatif de l’industrie manufacturière a été modeste : 10% en 1950 et presque 17% du PIB en 1990. Quenan, Carlos (1998). "Venezuela: le redressement économique inachevé." Problèmes d'Amérique Latine(29): 53-71.
  239. 239. Les péages sont les « droits d’entrée » pour figurer sur les listes des groupes de pression et ainsi éventuellement bénéficier de postes bien placés dans les institutions publiques et, même parfois dans les organisations dites « communautaires » financées par l’État.
  240. 240. Un cambur, comme on appelle les « bananes » au Venezuela, est un poste dans l’administration publique qu’on a obtenu en mobilisant des réseaux d’amis et des contacts dans le parti politique au pouvoir, sans avoir les qualifications ni le temps pour monter dans l’échelle institutionnelle. Il existe même un verbe, encamburarse qui signifie obtenir, par réseau ou clientélisme, un emploi dans une institution publique.
  241. 241. Domingo Irwin (2000) signale toutefois que cette subordination des militaires au monde civil n’a jamais été absolue.
  242. 242. « Ce pacte a permis la construction rationnelle d’une voie permettant de passer d’un volontarisme politique sectaire à la réalité de la division du pouvoir comme condition nécessaire, mais jamais suffisante, du fonctionnement de la démocratie représentative consacrée dans la Constitution de 1961. ». Cf. Castro Leiva, Luis (1998). Discurso de Orden con motivo del XL aniversario del 23 de enero de 1958. Congreso Nacional. Venezuela analitica. Caracas, Venezuela Analitica.com.
  243. 243. Les données macro-économiques sont issues de mon analyse de : Baptista, Asdrubal (2002). Bases cuantitativas de la economia venezolana 1830-2002. Caracas, Fundacion Polar.
  244. 244. En 1998, Luis Gómez Calcaño précise : « la nécessité d’une réforme des relations entre l’Etat et la société était déjà perceptible quand, il y a vingt ans, l’Etat est devenu propriétaire des ressources pétrolières. En effet, à partir de cette époque, son rôle à l’égard de la société vénézuélienne devient ambivalent : d’une part, il continue à être un Etat rentier, qui doit répartir ces revenus entre les acteurs sociaux ; d’autre part, il doit se comporter en investisseur rationnel et, par conséquent, consacrer une part croissante de son revenu au maintien de son potentiel de production. Cette contradiction interne n’a pas été perçue au cours des premières années qui ont suivi la nationalisation, c’est pourquoi l’Etat a pu s’imaginer qu’il détenait un pouvoir illimité sur la société, au moment même où sa liberté de disposer de la rente pétrolière se réduisait sérieusement. Gomez Calcano, Luis (1998). "Venezuela: organisations sociales et luttes pour la citoyenneté." Problèmes d'Amérique Latine(29): 29-51. p. 31
  245. 245. Voir chronologie en annexes.
  246. 246. Rappelons que le passage de la dénomination « Forces armées » au singulier « Force armée » est très significatif dans la rhétorique du nouveau régime. Le singulier introduit dans la Constitution bolivarienne de 1999 (Chapitre III, article 328) accentue l’unité des Forces, pourtant si redoutée, afin d’insister sur la mobilisation sans faille de tous les soldats derrière le gouvernement, de gommer toute velléité de corps et de factions.
  247. 247. Chavez, Hugo (1999). Allocution du Président de la République lors de la cérémonie d'investiture de la présidence de la République. S. d. c. d. Président. Caracas, http://www.venezuela.gov.ve.
  248. 248. Chavez, Hugo (2003). "Hugo Chávez Frías conversa con Marta Harnecker. ¿Corrupción en el Plan Bolívar 2000?" http://cybercircle.org/articles/documentos_oficiales/mhentchavez10.shtml. consulté le 5 ocotobre 2006
  249. 249. Chavez, Hugo (2003). 4F. Dia de la dignidad. Unidad cívico-militar garantía de la victoria. Cadena Nacional, discurso realizado en el Poliedro de Caracas. Caracas, Venpres, http://www.aporrealos.org/actualidad/n4875.html, visitado el 08/09/2004..
  250. 250. « Il y a 6 ans naquit le Plan Bolivar 2000 (…) à partir de l’initiative de l’exécutif national, incarné par la personne de monsieur le Président de la République Bolivarienne du Venezuela, Hugo Chavez Frias, qui l’instaura pour faire face à une situation d’urgence sociale qui existait depuis 1989, en s’appuyant sur la Force Armée nationale étant donné sa force de déploiement sur tout le territoire et sa participation active ou développement de la nation ». Cf. Leon, Rossana (2005). Mas de 4 millones de personas atendidas. Fundación Proyecto País de Aniversario. Panorama Castrense. Columna informativa del Ministerio de la Defensa. http://www.mindefensa.gov.ve/PanoramaCastrense/panorama40.htm..
  251. 251. Chavez, Hugo (2003). Celebración del 4° aniversario del Plan Bolívar 2000. Venezolana de Televisión. Programa Especial. Caracas, VTV; www.venezuela.gov.ve.
  252. 252. « El gobierno nacional, desde sus inicios, ha tenido como prioridad devolverle la dignidad a los grupos poblacionales más pobres, lo que requiere de respuestas rapidas y eficientes. Para lograrlo se emprendio el Plan Bolivar 2000, que es un Plan civico-militar dirigido a activar y a orientar la recuperacion y fortalecimiento de Venezuela y a atender las necesidades del pais, proporcionando en su primera fase, asistencia urgente a la poblacion mas necesitada y en máxima exclusion social » (2001). Lineas Generales del Plan de Desarrollo Economico y Social de la nacion 2001-2007. 149 pages. Caracas, Republica Bolivariana de Venezuela.
  253. 253. (1999). Constitución de la República Bolivariana de Venezuela. Caracas, Imprenta Nacional.
  254. 254. (2001). Lineas Generales del Plan de Desarrollo Economico y Social de la nacion 2001-2007. 149 pages. Caracas, Republica Bolivariana de Venezuela.
  255. 255. (1999). Proyecto Bolívar 2000. Caracas, Ministerio de Planificación y Desarrollo: http://216.239.59.104/search?q=cache:to6CfW5q1IUJ:www.mpd.gov.ve/prog-gob/proyb2000.htm+proyecto+bolivar+2000&hl=fr, consulté le 02/05/2005.
  256. 256. Le gouvernement a toutefois changé d’optique en 2004 et a décidé la voie du soutien financier à des coopératives pour le developpement économique plutôt que de stimuler des programmes d’industrialisation.
  257. 257. (1999). Proyecto Bolívar 2000. Caracas, Ministerio de Planificación y Desarrollo: http://216.239.59.104/search?q=cache:to6CfW5q1IUJ:www.mpd.gov.ve/prog-gob/proyb2000.htm+proyecto+bolivar+2000&hl=fr, consulté le 02/05/2005.
  258. 258. “El Plan Bolívar 2000 nació para la coyuntura y luego pasó a una nueva fase y se mantiene hoy a lo largo y ancho de todo el territorio nacional, es una acción en sentido contrario a aquella del 27 de febrero de 1989. Hace cuatro años decíamos desde aquí mismo que la Fuerza Armada salía a la calle ya no con ráfagas de muerte sino con ráfagas de vida a llevarle vida a los más necesitados, a los más pobres, a los excluidos; la Fuerza Armada se ha sumado hasta la médula en la lucha contra la pobreza y contra la exclusión que es uno de los más gravísimos problemas históricos que tiene Venezuela, la pobreza, la exclusión”.Chavez, Hugo (2003). 4F. Dia de la dignidad. Unidad cívico-militar garantía de la victoria. Cadena Nacional, discurso realizado en el Poliedro de Caracas. Caracas, Venpres, http://www.aporrealos.org/actualidad/n4875.html, visitado el 08/09/2004.
  259. 259. Fariñas, William (1999). Plan Civico Militar Bolívar 2000. Caracas, Comisión interministerial.
  260. 260. Lander, Edgardo (2004). "Venezuela: la búsqueda de un modelo contrahegemonico." Question Julio 2004, consulté le 30/05/2005(http://www.redvoltaire.net/article1687.html#article1687)..
  261. 261. (1999). Gaceta oficial 36687 del 26 de abril de 1999. Creación del Fondo Unico Social. Caracas, Republica Bolivariana de Venezuela, (2001). Gaceta oficial 37322. Adscripcion del FUS al Ministerio de la secretaria de la Presidencia. Caracas, Republica Bolivariana de Venezuela.
  262. 262. À partir de septembre 2003, le gouvernement a mis en œuvre des politiques d’assistance de grande envergure, nommées les « missions », assurant une grande présence dans les quartiers populaires du pays. Les Misiones, sont des programmes qui articulent des actions de grande envergure depuis 2003. Elles s’adressent exclusivement aux familles des secteurs populaires et constituent des réseaux institutionnels parallèles aux traditionnels : écoles, dispensaires et d’autres institutions locales. Les missions Robinson, Rivas et Sucre ont été créées pour améliorer l’éducation supérieure et éradiquer l’analphabétisme, Mercal et Zamora pour la production et distribution de nourriture, Barrio Adentro pour les soins primaires de santé et Vuelvan Caracas pour l’emploi. Le budget de 2003 a été évalué à 500 milliards de bolivars, soit 20 millions d’euros environ. En 2004 leur budget est monté à 750 milliards de bolivars, environ 30 millions d’euros. Une loi d’endettement spécial a été votée pour 12,5 billions de bolivars, environ 500 millions d’euros. L’impact de ces politiques dans les conditions de vie des secteurs populaires reste encore à établir par les spécialistes et le processus de mise en œuvre d’un système efficace de protection sociale est loin d’être achevé au Venezuela. Néanmoins, quelques données montrent encore une situation inquiétante. Le chômage était de 14% en avril 2004. Aujourd’hui, le salaire minimum pour les travailleurs dans le secteur formel est de 321.345 bolivars, environ 130 euros. Le panier d’aliments de base a un coût de 523.000 bolivars, environ 210 euros et lorsqu’on ajoute les médicaments et d’autres services cela monte à 1.560.000, environ 625 euros. Voir pour des études sur les « missions » les travaux suivants : Maingon, Thais (2004). "Política social en Venezuela: 1999-2003." Cuadernos del CENDES 21(55): 47-73. Et aussi : Alvarado, Neritza (2004). "Pobreza y Exclusión en Venezuela a la luz de las misiones sociales (2003-2004)." Fermentum 14(39): 181-232.
  263. 263. La corruption dans ces programmes sera traitée dans le dernier point de ce chapitre.
  264. 264. La presse parlait de « resituer » (reubicar) les sinistrés pour signaler leur passage des centres d’urgence –stades, écoles, salles de spectacle – vers des sites plus appropriés pour attendre une « solution ». Une autre dépêche compare El Poliedro avec une gare routière. Par cette métaphore le journaliste décrivait les bus en attente et les familles sinistrées décidant lequel prendre, en dépendant des destinations vers des forts militaires situés hors Caracas ou vers des nouveaux sites. Cf. (2000). "Sigue la reubicación." El Universal. 04/01/2000 , et aussi (2000). "El Poliedro parecía un terminal." El Universal. 03/01/2000
  265. 265. l'Ami, Jean-Charles, Fabienne Piot, et al. (2001). Falta un pequeño detalle. Bruxelles.
  266. 266. l'Ami, Jean-Charles, Fabienne Piot, et al. (2001). Falta un pequeño detalle. Bruxelles.
  267. 267. Idem.
  268. 268. Idem.
  269. 269. J’y attedais alors au ministère de la Santé et du Développement Social l’autorisation que Freddy Pérez, le président du Fondo Unico Social, pour pouvoir me rendre dans les forts et les casernes où les sinistrés étaient installés. Puisque j’étais là et m’intéressais à la « situation des sinistrés », j’ai été invitée à participer dans cette réunion.
  270. 270. Plus d’une fois, j’ai entendu les damnificados dire qu’ils ne recevaient pas les vêtements donnés car les militaires les détournaient. Ce phénomène est récurrent dans le traitement des sinistrés des catastrophes en général, et notamment lors des distributions d’aide par les cellules de crise. Ainsi, lors de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en septembre 2001, la Fondation de France et le Secours populaire français sont intervenus parmi d’autres associations, pour aider les sinistrés. Les responsables de la répartition des dons privés recueillis ont depuis fait ainsi l’inventaire des « grosses erreurs commises », comme « … distribuer des paquets de nouilles un dimanche après midi pour susciter des émeutes ; donner des couvertures pour les trouver sur les marchés… » Pujos, Anne et Sophie Bruneau (2003). "Aux côtés des sinistrés." Projet(273): 22- 31.
  271. 271. Il était interdit de photographier à l’intérieur du fort. Les règles en espagnol étaient ainsi présentées : “Consumir agua potable; no bañarse en las fuentes; mantener limpias las áreas comunes; usar zapatos; evitar acumular desperdicios y consumir alcohol; se dispone de media hora para retirar alimentos, mantenerse en el apartamento a partir de las 9:00 PM.”(Carnet de terrain. Caserne du bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, mai-juin 2000)
  272. 272. Fernandez Alonso, Nélida (1999). "Desalojan a afectados de los colegios para hacinarlos en el Poliedro de Caracas." El Nacional 31/12/1999 Información
  273. 273. La farine PAN est la base pour la préparation des arepas, aliment de base du Venezuela. C’est une farine de maïs raffinée, blanche. Pour faire la pâte des arepas, on rajoute de l’eau et du sel. Elles peuvent être préparées frites, au four ou grillées. Elles constituent le repas populaire vénézuélien du matin et du soir et c’est souvent une garniture pour celui du midi. L’arepa est une sorte de galette ronde, assez épaisse pour être farcie de fromage frais, de jambon, de viande, d’œufs, toujours de farces salées. Il y a plusieurs marques de farine, mais le monopole de la marque PAN s’est imposé sur le marché. La marque est ainsi devenue un terme générique pour parler de farine de maïs.
  274. 274. Rappelons que la tempête Brett est un cyclone qui a sévèrement touché Caracas en 1993. Des glissements de terrain se sont produits dans plusieurs barrios et des ranchos ont cédé. La militarisation de la prise en charge des victimes de cette tempête a été analysée dans le chapitre 3.
  275. 275. Serge Paugam (1997 [1991]) propose la notion de « carrière morale des assistés » (1997 [1991] : 83) pour expliquer les experiences des assistés sociaux déviants. La notion de « carrière morale du sinistré » sera proposée dans le chapitre 9.
  276. 276. Le processus de prodution sociale des stéreotypes des sinistrés sera analysé en profondeur dans la trosieme partie de ce travail.
  277. 277. El Valle est une zone populaire résidentielle près de Fuerte Tiuna. Elle est séparée du Fort par une des autoroutes qui traversent Caracas et communique avec le Fort par des ponts qui surplombent la voie rapide.
  278. 278. L’hôpital Oncológico Luis Razetti de Caracas est un grand hôpital public spécialisé en cancérologie.
  279. 279. Palacios, Marianela (2000). "A dos meses de La Tragedia. 3.2 millardos de bolívares al mes cuesta alojar a los damnificados." El Nacional. 15 février 2000
  280. 280. Delgado, Claudia (2000). "Atenderán dignamente a los afectados " El Nacional 28/01/2000 Informacion
  281. 281. Cardona, Rodolfo (2000). "En cuarteles permanecen 25 mil damnificados." El Universal. 9 février 2000 9/02/2000
  282. 282. Cortés, Adriana (2000). "Saturan los centros de refugios." El Nacional. 4 mars 2000 Informacion
  283. 283. ILDIS (2000). Venezuela. Informe Social 5 1999. Caracas, Instituto Latonoamericano de Investigaciones Sociales: 57..
  284. 284. Tabuas, Mireya (2000). "Comenzó un plan de empleo para victimas de la tragedia." El Nacional. 13 avril 2000 Informacion.
  285. 285. Delgado, Claudia et Hercilia Garnica (1999). "Destino: muy cerca de Caracas." El Nacional.
  286. 286. Je vais employer le terme espagnol en tenant compte des particularités de sens qu’il possède en Amérique latine. Cf. note en bas de page n° 289.
  287. 287. La CEPAL est une organisation des Nations Unies dont l’objectif majeur a consité à produire de la connaissance pour promouvoir la notion et les programmes de « développement » dans le continent sud-américain et de fournir des cadres conceptuels aux gouvernements concevant et mettant en œuvre des politiques de développement.
  288. 288. Pour illustrer les effets négatifs de l’apport des populations « originaires » du pays dans le processus de développement, Germani (1961 : 345) fournit une typologie des traits sociologiques des « restes précolombiens » des masses rurales venues habiter en ville : naissances illégitimes, mariages non-légalisés et phénomènes de désorganisation sociale en particulier alcoolisme et prostitution (1961 : 345). Germani établit ainsi un rapport positif entre l’urbanisation et la réorganisation sociale à partir d’un tableau sur « l’avancement des attitudes favorables au contrôle des naissances en fonction du temps passé en ville (antigüedad de residencia urbana) » (1961 : 348).
  289. 289. En Amérique latine, le concept de marginalidad a été institutionnalisé par le DESAL, le Centre de Développement Économique et Social de l’Amérique latine, établi à Santiago du Chili. L’approche du DESAL (Silva Fuenzalida 1965) est voisine de celle de Germani ; dans une étude intitulée Le conditionnement culturel de la fécondité en Amérique latine, les membres de l’équipe de recherche du DESAL soulignent ainsi que leur intervention dans le social vise une rationalisation démographique en promouvant une « maternité responsable » (Silva Fuenzalida 1965 : 10-5). L’analyse de « l’axe socio-culturel » par l’expert de la DESAL y mobilise un « matériel anthropologique » (1965 : 10-13) qui tente d’établir de façon comparative que « les croyances et les mœurs autour de la fécondité sont la cible de toute transformation nécessaire pour que les couches inferieures de la société prennent conscience des valeurs contemporaines » (1965 : 10-62).
  290. 290. Genatios, Carlos (2003). Recuperación urbana y protección ambiental en Vargas. Caracas, Universidad Central de Venezuela, 9 p. (Non publié)
  291. 291. Nobrega, Tobias (1999). « Emergencia y reconstrucción. » El Nacional, 26.12.1999
  292. 292. J’ai fait une retranscription textuelle de la lettre et essayé de conserver dans la traduction les tournures de l’espagnol populaire du Venezuela de la lettre originale. Soucieuse de conserver le sens de la rédaction, j’ai donc conservé les fautes de grammaire et le manque de signes de ponctuation.
  293. 293. Par Sanidad, ils font référence aux fonctionnaires du Ministerio de Sanidad y Asistencia Social (MSAS) transformé sous l’administration du président Chavez en Ministerio de Salud y Desarrollo Social (MSDS). Dans les milieux populaires, on fait souvent référence à « la Sanidad » pour nommer les agents des plans d’assainissement, en particulier des programmes de fumigation contre la malaria.
  294. 294. Lopez Arocha, Alejandro (2004). « Repensando la actuación ública y privada en desarrollo urbano y vivienda. » in. Carlos Genatios (dir.) Venezuela en perspectiva. Caracas, Fondo editorial Question: 288-306.
  295. 295. Garnica, Hercilia (2000). « Construyen techo propio para 22.000 familias damnificadas. » El Nacional. 22 août 2000.
  296. 296. La corruption dans le Plan Bolivar 200 a été même reconnue par le président qui promit un relancement après un « assainissement ». Cf. Chavez, Hugo (2003). « Hugo Chávez Frías conversa con Marta Harnecker. ¿Corrupción en el Plan Bolívar 2000? ». Document disponible sur : http://cybercircle.org/articles/documentos_oficiales/mhentchavez10.shtml [consulté le 5 ocotobre 2006]
  297. 297. Pour mener cette analyse à bien sur la corruption, je me suis adressée aux commissions parlementaires de l’Assemblée nationale et consulté les archives des actes.
  298. 298. J’ai reconstitué le « cas BANAP » en consultant les rapports de l’Assemblée nationale : Blanco, Pedro Segundo (deputé) (2001). Sesión Ordinaria 13/03/2001 de la Asamblea nacional de la Republica bolivariana de Venezuela. Caracas.
  299. 299. (2007). « Cruz Weffer afirma que "no hubo irregularidades" en construcción de viviendas en Trujillo. » El Universal. 25 avril 2007.
  300. 300. Cf. exemplaires de ces documents en annexe.
  301. 301. Le débordement du ruisseau Mariguitar a occasionné la destruction d’au moins 1070 ranchos en laissa 10 000 sinistrés la nuit du 15 au 16 décembre 1999. Le glissement s’est étendu jusqu’au barrio El Paují. On a estimé le nombre de morts de 50.
  302. 302. Le Naciones Unidas est un grand stade de basket-ball où beaucoup de sans-abris ont été regroupés pendant les inondations. Il est situé dans le quartier El Paraíso, proche du centre ville.
  303. 303. Delgado, Claudia (2000). "Damnificados del Fuerte Tiuna serán los últimos en ser reubicados." El Nacional, 05 janvier 2000. La notion d’operativo dans les politiques publiques vénézuéliennes sera analysée dans le chapitre 9.
  304. 304. En 2005 encore la presse signalait que les personnes désirant obtenir ou renouveler leur passeport devaient faire la queue pendant au moins 72 heures de suite.
  305. 305. La production d’une image de soi – être « digne » ou « indigne » de recevoir de l’aide dans les refuges – sera analysée de façon plus détaillée dans le chapitre 7.
  306. 306. Le décalage entre la représentation du malandro devenu un personnage, un stéréotype souvent présent dans la littérature, dans la musique populaire et dans les médias et la réalité elle-même. Rappelons que la production artistique et intellectuelle vénézuélienne contemporaine est une littérature de la violence et fondamentalement urbaine. En témoignent le roman Soy un delincuente de Clemente de la Cerda et les films de Roman Chalbaud. Je soutiens que l’éclatement social survenu en février 1989 a modifié la représentation du barrio dans la société vénézuélienne. En outre, avant l’émeute de février 1989, le barrio était un espace socialement représenté dans la littérature et le cinéma comme un lieu socialement solidaire, composé par de héros invisibles et nobles, victimes des puissants, en particulier des agents de la police. La femme oscillait dans ces représentations entre les figures de la prostituée et de la mère sacrifiée, victime de l’homme irresponsable.
  307. 307. Compinche: amitiés et liens de complicité. Il existe même un verbe: encompincharse.
  308. 308. A partir de l’analyse de l’urgence, j’ai déjà montré dans le chapitre 3, point 3.2, comment la rhétorique institutionnelle établissait que l’installation du refuge de Pinto Salinas entrainait la valorisation sociale du barrio où celui-ci se situait car le refuge existait « grâce à la noblesse des habitants de cette « communauté » solidaire avec les victimes de La Tragedia ». Cette rhétorique cherchait à concilier deux figures contradictoires : barrio « meurtrier » et « communauté généreuse ».
  309. 309. Díaz, Ana (2006). “Cifras oficiales no pueden ocultar precariedad laboral.” El Naciona,l 22 mai 2006. Voir aussi le site http://www.ine.gov.ve/.
  310. 310. Datanalisis (2004). Cifras de empleo 2004 Datanálisis. Caracas, Datanalisis, 3 p.
  311. 311. UAPPEI (2003). Resultados de Investigación Economía Informal. Caracas, CEDICE.
  312. 312. Asociación Venezolana de Psicología Social.
  313. 313. Martin Beristain, Carlos (1999). Reconstruir el tejido social. Un enfoque crítico de la ayuda humanitaria. Barcelona, Icaria, Martin Beristain, Carlos (2000). Apoyo psicosocial en catástrofes colectivas. De la prevencion a la reconstruccion. Caracas, Asociación venezolana de Psicología Social-AVEPSO. L’auteur du manuel est d’ailleurs allé à Caracas pour assurer des formations et des cours dans ce domaine.
  314. 314. UNICEF (2000). Situación de la niñez en el estado Vargas que residen en centros de refugio y comunidades afectadas en el estado Vargas. Caracas, UNICEF-Venezuela: 33, UNICEF (2000). Evaluación del programa de recuperacion psicosocial de la infancia después de la emergencia causada por las lluvias en diciembre de 1999. Caracas, UNICEF, rapport de 40 pages.
  315. 315. Quiroz, Nydia (1999). El retorno de la alegria. Recuperación sicoafectiva de niños afectados por desastres y conflicto armado. Bogotá, UNICEF.
  316. 316. UNICEF (2000). Evaluación del programa de recuperacion psicosocial de la infancia después de la emergencia causada por las lluvias en diciembre de 1999. Caracas, UNICEF, page 10.
  317. 317. UNICEF (2000). Evaluación del programa de recuperacion psicosocial de la infancia después de la emergencia causada por las lluvias en diciembre de 1999. Caracas, UNICEF, p. 32.
  318. 318. La question du traitement de la vie intime dans les refuges de confinement sera analysée en détail au chapitre 8.
  319. 319. La nuit, en revenant du refuge, j’ai écris dans mon carnet de terrain ce passage : « Pendant une réunion informelle avec des fonctionnaires du FUS, il était une réussite majeure le fait d’avoir, petit à petit, enlevé la distribution d’aides. Elles me disaient : Paula, tu sais nous ne leur donnons plus de médicaments, ni de lait en poudre !!. « L’assistanat » auquel ils s’étaient habitués était devenu « nocif » (Réunion avec Ligia, Leïla, Cristina et Delia, FUS-Croix-Rouge, Pinto Salinas, juin 2000)
  320. 320. Ces travaux ont été présentés lors d’une rencontre du même nom, à l’Ateneo de Caracas, du 8 au 11 juin 2000 qui rassemblait dans une perspective psychosociale les institutions gouvernementales et non-gouvernementales ayant effectué des « interventions de soutien psychosocial ».
  321. 321. Jeannette Abouhamad a été la première femme sociologue vénézuélienne à avoir obtenu un doctorat en sociologie à Paris sous la direction de Pierre-Henri Chombart de Lauwe, en 1969. Dans son travail, elle propose de déchiffrer « l’être de l’homme vénézuélien » ; elle s’inscrit dans un projet de compréhension d’un « phénomène historique variable comme la colonisation moderne ou sa variation atténuée, la dépendance ». Des nombreuses pages sont consacrées au débat dominant la scène intellectuelle française après mai 1968 mais l’absence d’un matériel ethnographique nous dit peu de la vie quotidienne des vénézuéliens urbains de la fin des années soixante. Abouhamad reconnaît la faiblesse de son étude qui échoue à expliquer pourquoi l’urbanisation de la société vénézuélienne ne s’est pas accompagnée d’un processus d’industrialisation.
  322. 322. Dans la deuxième partie de ce travail, j’ai évoqué des études consacrées à la mise en œuvre de camps d’hébergement pour des populations déplacées sous contrainte lors d’une situation d’exception, et d’autres réalisées dans les tent cities mises en place lors du passage du cyclone Andrew par le comté de Dade en Floride en 1992. Néanmoins, la démarche de ces études sur l’hébergement des sinistrés socialement défavorisés aux États-Unis, porte plus sur l’analyse du fonctionnement des réseaux d’entraide que sur l’exploration du sens que les personnes attribuent à l’expérience du séjour dans une collectivité supposé temporaire où le quotidien est marqué par les liens établis avec les fonctionnaires en poste. Je fais référence notamment à l’ouvrage collectif de Peacock, Walter Gilles, Betty Hearn Morrow, et al., Eds. (1997). Hurricane Andrew. Ethnicity, gender, and the sociology of disasters. Londres et New York, Routledge.
  323. 323. Cette précision de méthode n’avait pas eu lieu dans la deuxième partie parce les que les refuges de transit étudiés relevaient d’une expérience marquée par le transitoire et le temporaire. La circulation de familles était bien réelle et la politique de relocalisation était performante, accompagnée de mesures effectives, de recensements constants, de programmes d’emploi, de maisons attribuées.
  324. 324. Rappelons que le Fondo Unico Social est une institution constituée par le réassemblage des bureaux et des directions d’institutions anciennes. Le personnel du Fondo Unico Social appartenait à l’ancien ministère de la Famille, créé en 1989 et éliminé en 1998.
  325. 325. Gounis fait fondamentalement référence dans son travail aux institutions carcérales et de confinement analysées par Michel Foucault dans Surveiller et punir mais propose justement d’aller au-delà du cadre institutionnel et identifier ainsi d’autres formes d’exclusion institutionnelle et de marginalisation qu’il qualifie de « domestication of homelessness ».
  326. 326. En février 2005, de violentes inondations ont eu lieu dans les villes de Vargas et de Caracas. Des proches de hauts fonctionnaires du gouvernement m’ont dit que le président Chavez en personne avait interdit au Maire métropolitain de dénoncer les lenteurs du ministère de l’Infrastructure dans l’attribution des logements. Une journaliste d’El Universal a également signalé dans un reportage qu’une femme sinistrée lui ait dit qu’on lui avait vivement recommandé de ne pas s’approcher ni de communiquer avec les journalistes. Les sinistrés seraient ainsi devenus un sujet proscrit de la scène officielle. Cf. Morillo Ramos, Morelia (2005). “Los Caracas, un refugio con normas” El Universal, 19 janvier 2005.
  327. 327. Le terme militaire désertion (deserción) apparaît systématiquement dans les entretiens des fonctionnaires du FUS et de FONDUR. Comme je le signalerai dans le chapitre 9, d’autres termes issus du vocabulaire militaire ont été également intégrés ces dernières années au langage des politiques sociales vénézuéliennes (operativos, penetraciones), etc. Le terme « désertion » n’apparaît toutefois pas dans les rapports de gestion de ces institutions.
  328. 328. Données tirées des rapports de FONDUR. Visites réalisées en juin 2001.
  329. 329. Des réflexions préalables à ce phénomène d’invisibilité institutionnelle du retour en ville ont été traitées en : Vasquez, Paula (2005). "Sufrir para ser dignos. Antropología política de la asistencia a los damnificados." El Nacional. 2/04/2005 Papel literario
  330. 330. Tabuas, Mireya (2000). "Damnificados de Vargas reubicados en Zulia tienen casas, pero no fuentes de trabajo." El Nacional. 6/12/2000 Informacion
  331. 331. (2000). "William Fariñas: "No dignificamos sólo con una vivienda, es un problema de autoestima del venezolano"." El Nacional. 9/12/2000 Información
  332. 332. (2000). "William Fariñas: "No dignificamos sólo con una vivienda, es un problema de autoestima del venezolano"." El Nacional. 9/12/2000 Información
  333. 333. La mobilisation des stéréotypes négatifs des milieux populaires existaient déjà dans les institutions. Les discours visant la justification de la fin de la prise en charge et de la dépossession de l’aide avaient déjà véhiculé des images dénigrantes des familles sinistrées. Voir le chapitre 6.
  334. 334. Pour une analyse détaillée des théories de Giordani sur la répartition territoriale de la population voir le chapitre 5.
  335. 335. Même une collègue de l’Université m’a dit lorsque nous déjeunions ensemble : « J’espère que tu vas mettre dans ta thèse que les vénézuéliens attendent toujours que le gouvernement leur vienne en aide pour ne pas travailler. » (Carnet de terrain. Déjeuner collègue, Caracas, août 2003)
  336. 336. El negrito del batey est un merengue, rythme originaire de la république dominicaine mais répandu dans toute la région de la Caraïbe hispanophone, dansant, gai, très populaire. La version la plus connue est jouée par le célèbre orchestre d’origine cubaine la Sonora Matancera et interprétée par le chanteur dominicain Alberto Beltrán.
  337. 337. Felix, José Maria (2000). "Mentalidad de damnificado." El Universal. 12 février 2000
  338. 338. Les stéréotypes à connotation raciale sont très présents dans les médias de la région. Pour une analyse sur la portée politique de la nomination discriminatoire dans la publicité en Colombie, on peut se rapporter à : Lavou Zoungbo, Victorien et Mara Viveros Vigoya (2004). "Nuevas formas de representación de los viejos estereotipos racistas en los comerciales publicitarios colombianos." in. Mots pour Nègres Maux de Noir(e)s, Presses Universitaires de Perpignan.
  339. 339. Felix, José Maria (2000). "Mentalidad de damnificado." El Universal. 12 février 2000
  340. 340. La protestation était toutefois adressée au pouvoir local –le gouvernement de l’état de Vargas – et j’ai principalement mené mon enquête dans les institutions qui géraient les demandes de relogement au niveau national, le FUS et FONDUR.
  341. 341. Je reproduis ici les fautes de grammaire courantes dans la langue parlée des quartiers populaires de Caracas et La Guaira.
  342. 342. J’emprunte l’expression de la ville comme « espace d’espoir » de David Harvey (2000), géographe marxiste qui caractérise la crise de l’espace urbain des grandes métropoles des Etats-Unis engendrée par les politiques néolibérales des années soixante-dix et quatre-vingt. Pour Harvey, le néolibéralisme signifia une relocalisation du capital dans l’espace urbain et par conséquent, une exclusion grandissante des milieux populaires urbains. Cependant, c’est justement dans les villes qu’apparaissent les formes de résistance à cette concentration démesurée de pouvoir et de richesses. Je ne suis pas ici cette ligne analytique de la géographie urbaine pour étudier les refugios de confinement. C’est la référence systématique à la ville identifiée comme lieu d’espoir qui m’amène à emprunter cette expression.
  343. 343. Renseignements issus de l’entretien avec Anibal, ressortissant de Llano Adentro, habitant à Arrecifes. Entretien réalisé dans son lieu de travail, Maiquetia, 11/09/2003
  344. 344. Cette situation est fréquente dans d’autres zones de l’état de Vargas où les familles des barrios vont passer les fins de semaine dans leurs villages d’origine, souvent situés à moins de deux heures de route. L’activité économique de ces villages d’origine reste la pêche. Toutefois, ils sont soumis à une forte dépopulation car les jeunes partent habiter les barrios de Vargas et de Caracas. J’ai observé des situations semblables dans le quartier populaire de Las Tunitas et dans les villages ruraux Chichiriviche et Oricao où habitent d’anciens pêcheurs de villages de la côte ouest de l’état.
  345. 345. Ce phénomène a été largement étudié par la sociologie et géographie urbaine vénézuélienne. Pour voir l’étude d’un précurseur : Posani, Juan Pablo (1979). La vivienda en Venezuela. Caracas, INCE.
  346. 346. Renseignements issus de l’entretien avec Anibal, ressortissant de Llano Adentro, habitant à Arrecifes. Entretien réalisé sur son lieu de travail, Maiquetia, 11/09/2003
  347. 347. Cet écartèlement relèverait de ce que la géographie urbaine signale comme le paradoxe des barrios de Caracas, se situant entre intégration et marginalité. Ce paradoxe est analysée par : Baby-Colin, Virginie (2000). "Les barrios de Caracas ou le paradoxe de la métropole." Cahiers des Amériques Latines 2000/3(35): 109-128.
  348. 348. Sous le nom d’operativo les institutions publiques vénézuéliennes désignent les actions spéciales déployées pour répondre à des circonstances d’exception. Les operativos de santé et d’assistance du FUS et du Plan Bolivar 2000 sont analysés en détail dans le chapitre 9.
  349. 349. Des études sur les habitants des barrios, leurs mœurs et leurs organisations de base ont ainsi signalé que ceux-ci avaient souvent honte d’y habiter, le barrio étant un lieu qui ne devrait pas exister ; « on devrait raser cet endroit de la carte et nous envoyer tous à la campagne », disait une habitante de Macarao à un géographe allemand venu y faire son terrain de thèse. Cf. Grohmann, Peter (1996). Macarao y su gente. movimiento popular y autogestion en los barrios de Caracas. Caracas, ILDIS, Nueva Sociedad., page 90.
  350. 350. J’ai travaillé au ministère de la Famille en 1992-1993. Le gouvernement de Carlos Andrés Pérez avait mis en œuvre de programmes de « compensation sociale » lors de l’essai des réformes néolibérales mis en échec par les émeutes de 1989. La ministre de la Famille et sociologue de formation, Marisela Padron, avait créée le « plan de participation socioculturelle », dans lequel j’ai eu un poste de « promoteur de la communication communautaire ». Cette expérience m’a permis de d’avoir de contacts dans certains barrios de Caracas.
  351. 351. Sandra avait rédigé « sa lettre » pour le président Chavez avec l’aide d’un homme qui habitait le refuge et qui fournissait ses services comme écrivain de lettres au président. Des lettres adressées aux autorités seront analysées dans le chapitre 9.
  352. 352. Combo est le nom donné aux menus des restaurants de fast food au Venezuela. Les sinistrés se servent de cette appellation pour désigner les dons de nourriture faits par le FUS et d’autres institutions aux hébergés des refuges et d’autres sites d’aide sociale. Le sens original de ce mot est un regroupement de personnes ou d’objets.
  353. 353. Ce refus institutionnel de prendre en considération les cas de retour en ville a été analysé dans le point précédent.
  354. 354. L’équipe du Disaster Research Team (Hearn Morrow 1997) a notamment suivi des familles des milieux populaires ayant été sévèrement affectées par le cyclone Andrew en Floride, pendant toute une année, pour établir le degré de « renforcement ou affaiblissement des liens familiaux » car « les effets des catastrophes sur les liens conjugaux ne sont pas clairs » (p.144). Les résultats de l’étude avancent que « les liens forts deviennent plus forts tandis que les fragiles s’affaiblissent encore plus, voire se cassent sous la pression du désastre » (p. 144). Même si cette étude comporte des éléments novateurs importants pour ce champ de recherche, l’approche de Betty Hearn Morrow occulte l’expérience même de la vie en collectivité dans des hôtels modestes et des entrepôts. Elle fait certes référence à « l’intimité » des familles sans abri mais par le biais de l’analyse des statistiques démographiques avant et après le passage d’Andrew : les districts affectés ont ainsi connu une chute de la natalité entre avril et mai 1993, neuf mois après la catastrophe, ce qui laisse supposer que les familles déplacées ont été séparées (p. 157). Dans le district de Dade, les divorces ont en revanche augmenté de 30% deux mois après la catastrophe et les plaintes pour violence conjugale de 50%.
  355. 355. La littérature consacrée aux catastrophes naturelles a certes montré un certain intérêt pour l’exposition de la vie intime des victimes, en particulier lorsqu’elles demeurent sous la protection des institutions de prise en charge. Cette exposition de certains pans de la vie privée, invisibles dans la « normalité », affecterait tout particulièrement ceux dont la capacité à se préserver un espace intime est réduit : personnes âgées, pauvres, minorités et femmes. La portée de cette littérature reste toutefois centrée sur la question des inégalités des sexes des victimes. Voir en particulier : Wilson, Jennifer, Brenda D. Philipps, et al. (1998). "Domestic life after disaster." in. The gendered terrain of Disaster. Though women eyes. E. Enarson et B. Hearn Morrow. Londres, Praeger: 115-122..
  356. 356. Fort militaire situé à Caracas. Pour une description détaillée de ce fort, voir le chapitre 5 consacré à l’analyse de la prise en charge militaire.
  357. 357. Rosana avait été sauvée des eaux in extremis : « j’ai eu de l’eau jusqu’à la ceinture, ça coulait très fort. Ma peau était presque pourrie, ils m’ont soignée au Poliedro… » (Entretien avec Rosana, caserne du bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, 20 juin 2000).
  358. 358. Voir l’analyse complète des propos de la ministre dans le chapitre 1.
  359. 359. Je n’ai pas été autorisée à enregistrer les militaires. Même prendre des notes devant eux les mettait mal à l’aise. Les phrases citées ici ont été retranscrites le soir, au retour des forts Tiuna et Guaicaipuro.
  360. 360. Le soldat de bas rang fait au Venezuela un service militaire de 18 mois et est soumis à une routine épuisante. Lorsqu’ils sont punis les conditions de détention des soldats de l’Armée de terre vénézuélienne sont souvent extrêmes. Dans les dernières années, des cas de mort des soldats en détention ont secoué l’opinion publique, le plus médiatisé ayant été celui nommé « caso Fuerte Mara » à Maracaibo : En mars 2004, huit soldats ont été brulés vifs dans leur cellule de détention et un est mort suite à ses brûlures. Une situation similaire s’est présentée dans un fort de Cumaná en mars 2005 où deux soldats ont été brulés vifs dans une cellule de punition. Voir le rapport : (2005). « Caso Fuerte Mara » Disponible sur http://www.humanrightsfoundation.org/es/Reports/fortMaraExecutiveSummary-es.html Consulté le 10/06/2007.
  361. 361. Lorsque je suis revenue en août 2003, j’ai pu enregistrer quelques conversations bien que l’utilisation du magnétophone à l’intérieur de la base militaire soit toujours délicate.
  362. 362. Les rapports entre les femmes hébergées et les militaires soulevaient directement le problème des valeurs de l’anthropologue sur le terrain. Je ne voulais pas contribuer aux appréciations moralisantes sur les femmes sinistrées, déjà assez stigmatisées, en projetant mes valeurs. En tant que femme vénézuélienne, et comme le signale Philippe Bourgois (2001) à propos de la brutalité des relations entre les sexes chez les dealers de crack à El Barrio de New York, je me trouvais « aux prises avec les contradictions que génère la méthode anthropologique exigeant de suspendre tout jugement moral » (2001 : 227).
  363. 363. Les menaces d’expulsion des refugios situés en ville seront analysées en détail dans le chapitre 9.
  364. 364. Lorsque nous avons parlé des contraceptifs, elle m’a dit qu’elle n’en prenait pas en ce moment-là car « les choses avec son mari n’allaient pas bien ». Elle m’a dit qu’elle lui interdisait maintenant de la toucher et qu’elle espérait que cette tactique l’amènerait à la quitter.
  365. 365. Marquez particulièrement référence aux travaux du psychiatre José Luis Vethencourt dont les théories sont enseignées avec très peu de discussion. Son travail le plus diffusé dans les facultés des sciences humaines et sociales du pays est : Venthencourt, José Luis (1974). "La estructura familiar atípica y el fracaso histórico cultural en Venezuela." SIC(362): 67-69.
  366. 366. Certaines études classiques sur la Jamaïque ont ainsi avancé que l’abandon des enfants pourrait constituer une expression extrême du placement des enfants ailleurs (Sergent 1998 : 214).
  367. 367. Dans les secteurs populaires vénézuéliens, envoyer aux enfants à l’école constitue souvent une dépense trop importante pour le budget des familles. Un sociologue qui a travaillé dans la zone de Macarao, à l’ouest de Caracas a ainsi signalé dans une étude que pour l’année scolaire 1989-1990, les coûts par enfant (cahiers, livres, uniforme et stylos) pour le premier et le sixième degré étaient respectivement de 56 et 91 dollars américains. A cela, il faut ajouter le coût du petit déjeuner et du transport, évalué à cette époque de 12 dollars mensuels par élève. Dans une famille avec deux ou trois enfants écoliers, un travailleur gagnant le revenu minimum, qui en 1989 était de 100 dollars, pouvait difficilement envoyer ses enfants à une école publique. Cf. Grohmann, Peter (1996). Macarao y su gente. movimiento popular y autogestion en los barrios de Caracas. Caracas, ILDIS, Nueva Sociedad.
  368. 368. Depuis fin 2002, la ligne administrative du FUS était de fournir des denrées et d’autres biens et de « déléguer aux ONGs et associations communautaires la gestion des refuges ».
  369. 369. Les églises protestantes évangéliques sont un mouvement de rénovation chrétienne fondé aux États-Unis et ont une grande force et présence en Amérique latine sous des formes très variées. Cf. Martin, David (1990). Tongues of Fire. The Explosion of Protestantism in Latin America. Oxford, Basil Blackwell.
  370. 370. Bien que le président Chavez n’appartienne à aucun mouvement religieux, sa défense du « peuple » contre les « corrompus » a en effet attiré dans son camp une partie des pentecôtistes vénézuéliens. En revanche, le parti politique ORA (Organizacion Renovadora Auténtica) formé par les organisations politiques des adhérents des églises évangéliques-pentecôtistes n’a jamais rejoint le pôle politique « bolivarien ». D’ailleurs, le pasteur Ollson, autorité de l’église évangélique vénézuélienne a déclaré dans la presse que le Président Chavez n’avait jamais manifesté sa foi dans son église.
  371. 371. À la rage de M. Guerrero s’ajoute la pénurie des moyens qui connaissent les fonctionnaires des administrations vénézuéliennes. J’ai assisté en effet à des scènes où les responsables des refuges – comme M. Guerrero qui appartenaient d’ailleurs au même milieu social que les pensionnaires, ne comptaient sur quasiment aucune ressource ni support institutionnel mise à part leur salaire – pour faire face aux demandes des assistés.
  372. 372. INAM : Instituto Nacional del Menor. http://www.inam.gob.ve/
  373. 373. La LOPNA a été promulguée au Venezuela en 1998 dans la continuité du mouvement mondial de la reconnaissance internationale des droits des femmes et des enfants. Elle s’inscrit dans la ligne de la Convention des droits des enfants, approuvée en 1990 à New York, lors du sommet de l’enfance, par la vaste majorité des dirigeants des pays de la planète. Une version complète de la législation vénézuélienne est disponible sur : INPSASEL (1998). LEY ORGANICA PARA LA PROTECCIÓN DEL NIÑO Y DEL ADOLESCENTE. Congreso de la República de Venezuela, Gaceta Oficial N° 5. 266. Extraordinario de fecha 2 de octubre de 1998. http://www.inpsasel.gov.ve/paginas/lopna.htm, consulté le 9/10/2006.
  374. 374. Cette distinction révèle l’existence de différences de classe sociale au sein même des barrios ainsi que l’importance de l’emplacement du logement dans les milieux populaires. C’était donc parce que Pinto Salinas est connoté de façon négative par les médias et les classes moyennes que Yajaïra insistait sur le fait que ses parents habitaient dans la partie du « bloc » et pas dans celle où s’était développé le barrio de ranchos.
  375. 375. Le projet de modernisation urbaine avait déjà commencé sous la dictature de Marcos Pérez Jiménez, qui avait conçu de nombreux projets urbanistiques qui continuent à être encore aujourd’hui les cadres de références fondamentaux de Caracas : la cité universitaire, les « blocs » du centre ville de Caracas (El Silencio et 23 de Enero) sont certaines réalisations des politiques de modernisation urbaine, de la fin des années cinquante.
  376. 376. Le travail féminin comme femme de ménage est consideré au Venezuela comme une activité de l’économie informelle. En 1990, 40% de la population économiquement active vénézuélienne travaillait dans le secteur informel. Les statistiques du secteur informel signalent que, en 1990, il y avait 224700 personnes occupées dans les « services domestiques », 94,3% était des femmes et 5,7 % des hommes. Dans le même secteur, la catégorie « travailleurs à leur propre compte » comptait 1.503.5000 personnes, dont 24% de femmes et 75,1% sont des hommes. Voir le rapport : Huggins, Magaly et Diana Dominguez (1993). Mujeres latinoamericanas en cifras. Venezuela. Madrid, Santiago de Chile, Flacso. Instituto de la mujer, Ministerio de asuntos sociales, España.
  377. 377. Les écoles bolivariennes sont les écoles publiques labellisées par le gouvernement d’Hugo Chavez. Ces établissements ont des horaires élargis pour garder les enfants et les repas sont distribués gratuitement (petit-déjeuner et déjeuner). Le programme d’études est toutefois le même que les écoles ordinaires.
  378. 378. Appartenant à l’ancien ministère de la Famille (fusionné avec le ministère de la santé et du développement social), le programme de crèches Hogares de Cuidado Diario a été toutefois démantelé par le gouvernement d’Hugo Chavez pour créer les « missions ».
  379. 379. Toutefois, la méthode que j’ai suivie diffère de celle de Paugam, car cette dernière est centrée sur le processus de disqualification sociale des assistés sociaux en France, dans le cadre de la « nouvelle pauvreté », à partir d’interviews hors institution. Dans mon cas, le matériau analysé est issu d’une enquête élaborée à partir de l’observation participante sur plusiers mois dans les refuges.
  380. 380. Voir un spécimen de ce type de certificat en Annexe.
  381. 381. Dès le début du gouvernement du président Chavez, un bureau « d’affaires sociales » nommé atencion al ciudadano, a été installé dans le Palais présidentiel de Miraflores.
  382. 382. Diverses organisations se disputaient le leadership des « marchas » de l’opposition à Caracas. Les archives témoignent de trois groupes politiques : les dirigeants de la confédération des travailleurs du Venezuela CTV, la fédération de Camaras y asociaciones de produccion y comercio (Fedecamaras) et les cadres moyens et hauts de l’entreprise pétrolière de l’État PDVSA.
  383. 383. Le refus de réprimer la manifestation qui se dirigeait vers le palais présidentiel de Miraflores aurait signifié le premier acte de rébellion du coup d’État d’avril 2002. Cette désobéissance de l’exécutif aurait été promue par le General de l’armée de terre Manuel Rosendo, chef du commandement unifié des Forces Armées, d’ailleurs chargé des opérations de secours pendant l’urgence de La Tragedia en 1999 (voir chapitre 1). Il déclara lors de son interpellation à l’Assemblée nationale à prpos des éléments d’avril 2002 « qu’il avait entendu à Miraflores qu’on disait qu’il fallait se servir des « cercles bolivariens » de façon contondante (c’est-à-dire employer la violence) pour confronter la manifestation organisée par l’opposition » Ramírez Prado, Rosaelena (2002). « Rosendo acusa a Rangel y a Bernal de activar los círculos bolivarianos. » El Nacional, 11mai 2002.Or, le président Chavez a souvent dit que si les cercles bolivariens ont agi de manière violente, ils n’ont répondu qu’à leurs propres convictions ou en légitime défense. (2002). Reunión de trabajo con la comisión especial política que investiga los hechos ocurridos los días 11, 12, 13 y 14 de abril de 2002. Caracas, Asamblea Nacional de la Republica Bolivariana de Venezuela, 94 p.
  384. 384. Duran, Armando (2006). « Para llegar a la verdad del 11 de abril. » El Nacional, 17 avril 2006.
  385. 385. Eclaircir les circonstances de la manifestation de l’opposition du 11 avril 2002 dépasse largement la capacité de mon travail. Au moins deux versions de ce qui s’est passé entre le 9 avril et le 14 avril 2002 au Venezuela se sont affrontées tout long de ces dernières années. Une première version « officielle », soutenue par les médias étrangers sympathisants de la cause du Président comme par les mouvements politiques d’extrême gauche, postule que la désobéissance de l’État major a été l’expression d’une conspiration organisée par le département d’État des Etats-Unis. Des journalistes ont en effet prouvé que le département d’État aurait donné du support au bref gouvernement de Carmona. D’autres versions démentent la posture officielle selon laquelle que la grève générale ferait partie des « actes terroristes de sabotage de la droite », que toutes les manifestations de mécontentement contre le président auraient été orchestrées par cette conspiration dans laquelle les classes moyennes auraient été manipulées et mises en service de la « cause de l’Empire » : la déstabilisation de la révolution bolivarienne.
  386. 386. Rue piétonne commerçante de Caracas.
  387. 387. Rappelons que le Fondo Unico Social a été l’institution coordinatrice de la politique sociale du gouvernement actuel qui rassemble les fonds destinés aux allocations directes, pour les familles socialement défavorisées. Depuis sa création, le FUS a toujours été dirigé par des officiers de l’Armée de terre.
  388. 388. Avec une population de 23.706.711 d’habitants, le profil épidemiologique géréal du pays en 1999 était le suivant : Taux de mortalité infantile : 19.1, taux de mortalité néonatale : 11.9. Taux de mortalité maternelle : 0.593. Taux de mortalité génrale : 4.4 et la natalité était de 22.3. Voir : Jaen, Maria Helena (2001). El sistema de salud en Venezuela: Desafios. Caracas, Ediciones IESA.
  389. 389. Le magazine hebdomadaire du FUS décrit ainsi un operativo : « Les premières personnes commencent à arriver à l’aube et sont agréablement surprises par les tentes qui sont déjà installées pour les recevoir. Les clases des écoles, aménagées comme des cabinets médicaux, sont déjà préparées avec le matériel disposé et ordonné, et sur les portes sont affichés des panneaux stratégiquement placés : « médecine générale », « pédiatrie », « odontologie », optométrie », « ophtalmologie », « audiométrie », « pharmacie ». Le personnel choisi (des gobernaciones, mairies et la communauté) avec les employés du FUS, réalisent un travail de fourmis ; dès qu’ils arrivent ils organisent le public pour lui offrir les meilleurs des soins. » (2002). Autores anónimos de los operativos. Aquí en el FUS, p. 2-3. (voir les photographies de ce magazine en annexe).
  390. 390. Comme pour la lettre des habitants du site La Union, j’ai fait une retranscription textuelle de la lettre et essayé de conserver dans la traduction les tournures de l’espagnol populaire du Venezuela de la lettre originale. En revanche, même si j'ai conservé les fautes de grammaire, j’ai ajouté quelques signes de ponctuation pour en faciliter la lecture.
  391. 391. (2006). "Sangre pour una vivienda." El Nacional, 29 novembre 2006.
  392. 392. Je fais référence ici aux communications présentées dans l’Atelier « Nationalism, Humanitarianism, and Disaster Relief » du Congrès 2005 de l’Association nord-américaine d’anthropologie (AAA), à Washington, en particulier celle de Paula Goldman de l’Université de Harvard : Goldman, Paula (2005). « Assisting 'Innocent' Victims: Comparing Post-War Bosnia and Post-Tsunami Sri Lanka. » 104th Annual Meeting of the AAA, Marriott Wardman Park Hotel, non publié.