Les responsables des refuges déclaraient souvent qu’il fallait « rationaliser la distribution des dons » de l’aide humanitaire : nourriture, médicaments, chambres d’hébergement, etc. Par exemple, lors d’une discussion en mai 2000269 avec des personnes du FUS ayant assuré la prise en charge lors de La Tragedia, j’ai enregistré l’anecdote suivante formulée avec désespoir par un lieutenant responsable d’une garnison dans l’état de Carabobo :
« Toutes les semaines, les damnificados recevaient un don de vêtements neufs, mais une semaine après, ils n’avaient plus rien. Ils avaient tout perdu, tout jeté à la poubelle ou vendu, ou sinon ils ne les lavaient pas. » (Réunion de travail, responsables des refuges, FUS, mai 2000)
Cette critique formulée par certains gestionnaires de la prise en charge s’inscrivait d’ailleurs dans un problème plus large, fréquemment abordé par les militaires, les bénévoles et d’autres agents ayant travaillé dans les refuges : l’usage correct des dons reçus de l’aide humanitaire par les damnificados270.
Toute rationalisation de la distribution est soumise à des critères qui s’établissent selon les contraintes inhérentes à l’organisation institutionnelle, à la disposition des espaces et à la gestion du temps. Mais cette rationalisation implique aussi une attente implicitement formulée, part les responsables relative au comportement même des bénéficiaires. J’analyserai d’abord, ces critères par rapport à la nourriture et montrerai comment, dans mon cas d’étude, la mise en place d’une logique de distribution de l’aide à partir des besoins est étroitement liée à la définition d’un référentiel de la « dignification » et à sa réification sur le terrain. J’analyserai ensuite une scène dans un dispensaire où le personnel soignant mobilise des représentations des « vrais sinistrés ». Enfin, je présenterai des données empiriques montrant les enjeux le programme assistance d’hébergement dans les refugios, marqué par l’improvisation, et progressivement qualifié par les fonctionnaires chargés de l’exécuter d’intenable.
L’accès aux refuges de transit placés en zone militaire
Lorsque je suis arrivée au Venezuela en mai 2000 pour mener ma première enquête, j’ai fait savoir à des amis proches, qui travaillaient dans le gouvernement du président Chavez récemment constitué, ma volonté de visiter des refuges de sinistrés installés dans des forts militaires. Lors de mes premières visites de refuges, je n’osais pas sortir le magnétophone. On m’avait déjà averti de l’interdiction des caméras et des appareils photographiques dans les forts, et demander au sergent l’autorisation d’enregistrer me semblait pouvoir compromettre la permission de visite que j’avais obtenue. Dans ces casernes, des rapports de tous ordres se tissaient entre agents du FUS, commandants, sinistrés et soldats.
Ma première journée au Fort Tiuna a été une sorte d’aventure kafkaïenne à travers les différents bureaux. J’y sollicitais l’ultime permission pour entrer dans les refuges situés aux casernes des bataillons. J’avais pourtant une lettre du lieutenant-colonel William Fariñas, vice-ministre du développement social et président du FUS, qui donnait son aval à ma recherche et autorisait ma présence dans les casernes hébergeant les damnificados. Je pensais que cette lettre serait suffisante mais, à l’intérieur du Fort, dans la sphère militaire, les autorités civiles n’avaient plus de pouvoir et ma lettre n’avait pas valeur de laissez-passer : de plus, le lieutenant Fariñas n’avait pas un rang supérieur aux officiers du Fort. Je réalise à présent que j’étais confrontée aux conflits de pouvoir résultant de la militarisation des institutions civiles (le FUS) et à la méconnaissance du monde militaire des hiérarchies civiles.
Après avoir montré le laissez-passer à la porte du Fort, je suis passée par l’Ecole d’équitation Negro Primero qui jouxtait la caserne servant de refuge aux damnificados. Mais dès que j’ai pénétré dans la caserne, un sergent (une femme) m’a refusé l’entrée du refuge. Elle devait s’assurer auparavant de la permission de son supérieur, un Colonel, qui a examiné ma carte d’identité et la lettre de Fariñas. Il m’a même demandé une carte d’étudiante. Heureusement, j’avais sur moi ma carte d’étudiante de l’EHESS de Paris, en français, et il m’a semblé préférable de montrer celle-ci plutôt que celle d’une université vénézuélienne qui, chez les militaires, a la réputation d’être « un foyer de subversion ». Le colonel m’a dit :
« Je crois que vous devriez vous procurer un laissez-passer du général de la Troisième Division. Ce Fort appartient à la Troisième Division de l’Armée de terre, et il y a des damnificados dans toutes les casernes et garnisons. » (Fort Tiuna, Caracas, 18 mai 2000)
Particulièrement soucieuse, j’ai alors pensé ne jamais pouvoir mener mon enquête. Je ne m’attendais pas à un contrôle aussi rigoureux pour rencontrer des gens qui n’étaient, « en fin de compte », que des civils. Pour obtenir un contact plus étroit avec une personnalité importante du Fort, j’ai donc repris la voiture pour me rendre à la Troisième Division. A la réception de la Troisième Division, un sergent m’a indiqué que seul le chef d’Etat Major, général Rojas Rodríguez, signait ce type d’autorisation. J’ai dû attendre des heures installée dans un couloir réservé aux visites des civils (on ne peut pas circuler librement dans le Fort), enfoncée dans un canapé par une chaleur écrasante. J’avais le sentiment qu’ils allaient vraiment m’oublier quand soudain, j’ai aperçu une ancienne connaissance de l’Université Centrale, que je n’avais plus vue depuis huit ans. Elle travaillait comme assistante à la direction de l’État-Major et grâce à elle, j’ai pu quelques heures après, être reçue par le général Rojas Rodríguez. Je lui ai expliqué ma situation et il a contre-signé la lettre du vice-ministre en précisant qu’il voulait bien me « faciliter les choses ». Ce fut ma première journée au Fort Tiuna.
Quand je suis arrivée à la caserne où j’avais été affectée, j’ai noté que les familles avaient la liberté d’entrer et de sortir du Fort pendant la journée. Les règles suivantes étaient affichées à l’entrée du pavillon271 :
Consommez de l’eau potable.
Les baignades dans les fontaines sont interdites.
Gardez propres les parties communes.
Mettez des chaussures.
Evitez de garder des poubelles (dans les chambres) et de consommer de l’alcool.
Vous disposez d’une demi-heure pour chercher la nourriture dans le réfectoire.
Restez dans votre appartement après 9 heures du soir.
Les familles y étaient installées depuis trois mois et les règles s’étaient un peu assouplies, surtout celles concernant l’horaire des repas ; le dîner était en principe prévu à 6 heures du soir, à la même heure que celui des troupes, les soldats se levant à 5 heures du matin. Lors de nos premières conversations, les agents du FUS me disaient que la restriction des horaires était beaucoup plus restrictive pour les hommes que pour les femmes. Les vigiles de la police militaire installés à l’entrée du fort avaient déjà interdit à plusieurs reprises l’entrée des hommes après 9 heures du soir. Ces derniers restaient donc dormir dans la rue.
Pendant l’enquête, les officiers et les responsables du refuge de la caserne soupçonnaient les sinistrés de se déclarer des victimes de « mauvais traitements » devant moi pour poser leurs revendications. Dans ce contexte, les responsables craignaient la présence de la presse et il m’était donc parfois impossible de sortir le magnétophone et encore moins l’appareil photographique. Les militaires que j’ai interviewés à Fort Tiuna, refusaient avec force le qualificatif injuste de maltraitance et voulaient me convaincre que le monde militaire subvenait correctement aux besoins des hébergés civiles des casernes.
« Ecrivez dans votre carnet madame, que nous organisons des activités sportives pour leurs enfants, tous les week-end, ce qu’ils n’avaient pas auparavant [quand ils habitaient les barrios]… » (Entretien lieu tenant de l’armée de terre, responsable de la Caserne. 20 mai 2000, Caserne du Bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, Caracas)
Ce lieutenant-colonel chargé d’organiser des activités de loisir dans le bataillon voulait aussi me convaincre aussi des bienfaits de la discipline militaire pour : « …Redresser tant de défauts ». Pour lui, les damnificados étaient incapables de mener à bien leur propre situation, de conduire leur propre vie et il fallait par conséquent : « …il faut leur apprendre tellement de choses ! ».
Je courais en effet des risques si je me présentais comme « experte » de ces sites car les situations subies par les sinistrés dans les garnisons avaient un degré de confidentialité non déclaré, mais tangible dans les rapports et dans les réunions. Même l’utilisation de certains mots et données – montants des allocations, du salaire du plan de empleo rapido, budget du Plan Bolivar 2000, quantité de nourriture à distribuer, etc. –, éveillaient de susceptibilités auprès des personnes engagées dans l’exécution des politiques sociales pour les sinistrés.
La nourriture : ratios de bonheur
Pendant mon séjour de mai 2000, le réfectoire de la caserne proposait aux sinistrés un menu spécial, composé d’une nourriture différente de celle de la troupe, pour. Le menu des trois repas par jour était le suivant :
Petit-déjeuner : soit de l’avoine, soit des bollitos (des beignets bouillis faits à base d’une pâte de farine de maïs et de l’eau) avec des sardines ou du diablitos (marque d’une conserve faite à base de jambon haché), soit de la bouillie de maïzena.
Déjeuner : des pâtes avec du thon en conserve ou de la mortadelle en sauce au ketchup, des tranches de banane plantain frites ou bouillies.
Dîner : des bollitos avec des sauces au thon ou à la mortadelle.
Pour justifier ce menu restreint et différent de celui des soldats de la garnison, les militaires interviewés, responsables de tous les refuges à l’intérieur du Fort, me disaient que les apports caloriques du repas quotidien d’un soldat ne convenaient pas aux sinistrés. Ils développaient l’argument suivant :
« …C’est trop pour des gens qui ne font rien de leurs journées. Je sais qu’ils se plaignent parce qu’ils trouvent que les quantités ne sont pas suffisantes et que la discipline est trop sévère. Mais, vous savez, on ne peut pas faire plaisir à tout le monde. » (Responsable militaire. Fort Tiuna, Caracas, 23 mai 2000)
Pour expliquer les raisons d’une telle différence entre les types de repas, les responsables militaires précisent que l’alimentation de l’Armée de terre établissait les menus des troupes à partir d’un ratio « homme-grammes », et que ce ratio était calculé en fonction d’une forte activité physique.
Quant à la responsable du FUS, elle disait que cette nourriture trop riche était peut-être à l’origine des « désordres alimentaires » que les sinistrés avaient connus lors des premières semaines au Fort. En effet, une épidémie de gastroentérite très violente a sévi après l’installation des sinistrés au Poliedro. Ces familles ont consommé de la nourriture fournie par les cantines du Fort, situé à proximité du dôme272.
« Les aliments qu’on donne aux soldats ont trop de graisses et les familles en ont mangé en excès. » (Agent du FUS. Fort Tiuna, Caracas, mai –juin 2000)
Pour les deux institutions responsables – FUS et Armée de terre –, la nourriture du réfectoire des soldats était « trop riche ». Les responsables décidèrent par la suite de faire préparer des repas moins copieux pour les familles hébergées, avec des portions « spéciales », moins riches en calories, car elles étaient moins « actives » que les membres des troupes.
En revanche, les sinistrés questionnés sur la nourriture étaient pour faire la cuisine à l’intérieur des dortoirs. Au sujet de la nourriture, Carolina exprimait ainsi son mécontentement :
« On ne peut pas choisir. Le commandant nous a dit qu’il ne pouvait rien faire. On a proposé de faire la cuisine, nous-mêmes, dans les pavillons, et lui, il a refusé ; ça serait beaucoup mieux de faire la cuisine nous-mêmes, à notre goût. Le commandant dit que c’est à cause de la sécurité, des incendies. Il ne permettrait ni des plaques électriques ni des cuisines à gaz. ». (Entretien Carolina, 18 et 19 mai 2000, Caserne du Bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, Caracas)
Six mois après l’installation des familles dans les casernes, la livraison et la disponibilité de la nourriture « spéciale » pour les familles logées au Fort était devenue irrégulière, et l’accès au réfectoire des troupes interdit. Dans des conversations informelles avec les fonctionnaires, on m’a dit que les fonds pour l’alimentation des damnificados étaient sous la responsabilité du service d’alimentation de l’Armée, et que préparer un menu spécial était difficile pour ce service. En même temps, l’interdiction des cuisinières à gaz était donc très contestée par les familles, en particulier par les mères avec des enfants en bas âge qui se plaignaient de devoir traverser la caserne pour réchauffer un biberon pendant la nuit.
Les militaires cédèrent finalement à la demande d’installation de gazinières dans les « appartements », comme on appelait les chambres cloisonnées, la pression étant devenue trop forte à cause du prolongement du séjour et des défaillances dans le service de distribution des repas « spéciaux ». Deux mois après, de petits restaurants tenus par les sinistrés apparurent dans la caserne. Ils étaient la conséquence de la permission que les officiels avaient octroyée à certaines femmes de disposer de cuisinières à gaz. Mais ces boutiques étaient aussi la manifestation de liens d’amitié entre les officiels et les sinistrés entrepreneurs, des femmes pour la plupart. La dynamique de ces relations sera analysée en profondeur au chapitre 8.
Pour les sinistrés, me parler de leur malaise à cause de la nourriture en public les plaçait dans une situation dangereuse mais trouver des endroits « privés » et des occasions pour ce type de confidences n’était pas aisé. D’après certains témoignages, la dénonciation était pénalisée :
« Si nous disons quelque chose, ils vont nous mettre en dernier sur la liste d’attente des maisons… » (José Antonio, 27 mai 2000, Caserne du Bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, Caracas)
Les rumeurs circulaient tous les jours, et certains sinistrés faisaient allusion à des vols de l’aide humanitaire et à du recel par des militaires. La question des dons de nourriture était traitée de façon suspicieuse de la part des hébergés dans les refuges de la caserne et ailleurs. Ils me disaient de façon très discrète dans le fort, et plus libre à Pinto Salinas (voir vignette de terrain n°7) que les donations étaient, en principe, distribuées par les militaires et qu’ils ne voyaient rien de cette distribution :
« On voit arriver les camions réfrigérés de poulet et de viande de porc et on ne nous donne que des sardines en boîtes de conserve ou de la viande en conserve…. On ne se plaint pas des sardines en conserve dans le repas du réfectoire …mais ce qui est difficile à supporter, c’est de n’avoir jamais ce qui nous correspond. » (José Antonio. Fort Tiuna. Caserne du bataillon Ortega Ramírez, 28 mai 2000)
Dans les refuges de transit installés dans le fort militaire, la disposition des lieux et l’organisation de la vie des familles sous-entendait une dépendance totale du service d’alimentation de l’Armée de terre. Dans les refuges installés en zone civile, la livraison des repas par le service d’alimentation de l’Armée de terre posait de nombreuses difficultés. Expressions comme celles-là circulaient aussi dans le refuge de Pinto Salinas où la nourriture était encore plus difficile à obtenir qu’au fort militaire. En effet, ce refugio ne disposait pas de réfectoire collectif ni de cuisines, et les livraisons étaient difficiles à cause de son emplacement dans un barrio.
« Les militaires nous donnent tous les jours du riz avec des sardines et nous n’avons pas le droit de protester… » (Entretien avec Eva, refuge Pinto Salinas, Caracas, 4 et 5 mai 2000)
Le problème de la nourriture était devenu épineux cinq mois après la catastrophe. L’arrivage de denrées alimentaires des premiers mois avait diminué considérablement. Seule la coopération espagnole, à travers du comité local de la Croix-Rouge fournissait les aliments pour préparer les repas. Les produits étaient de la farine PAN273, de pâtes et des haricots noirs. A Pinto Salinas, les quantités étaient calculées à la semaine et devraient suffire pour nourrir cinquante familles.
En effet, dans les refuges civils, les repas étaient livrés par le service d’alimentation de l’Armée de terre, et cela posait d’énormes problèmes de distribution. Les déjeuners, seul repas distribué, arrivaient rarement. Cette situation s’est encore plus aggravée avec le temps. Le FUS décida d’acheter la nourriture directement aux fournisseurs et les responsables des refuges devaient ainsi passer commande au FUS. Mais cette démarche administrative était trop lourde. Lorsqu’elle marchait, et que la nourriture arrivait dans les délais, l’ambiance était festive. Mais si la nourriture n’arrivait pas, la situation était extrêmement tendue et les responsables du FUS craignaient l’émeute.
Dans mon carnet de terrain, j’ai ainsi décrit une situation très forte, survenue au refuge Bollet Peraza de Caricuao, en 2002 (voir vignette de terrain n°14) :
« Le refuge Bollet Peraza de Caricuao reçoit une fois par semaine les denrées pour les repas des familles. Lorsque la nourriture arrive ponctuellement et est de bonne qualité, l’ambiance qui règne est de sympathie pour le régime. Les gens sont tranquilles, l’ambiance est paisible. Et souvent on me dit : tu vois, « il » [le Président Chavez] s’occupe bien de nous. Or, parfois, le camion du fournisseur payé par le FUS n’arrive pas. L’angoisse monte, des bagarres commencent lorsqu’on répète à plusieurs reprises la frugalité du menu du soir : de l’avoine ou des arepas [Galettes de maïs]. On me disait alors « Tu vois, on « le » défend et voilà ce qui se passe… » (Carnet de terrain, refuge Bollet Peraza, Caricuao, juillet 2002)
La qualité de la nourriture était un point névralgique dans le refuge de Caricuao, le menu de la semaine étant souvent invoqué pour approuver ou mettre en cause la gestion du gouvernement. Puisque la gestion du refugio était une tâche relevant de la personne du fonctionnaire qui incarnait la présence physique du gouvernement, les variations de la qualité de l’aide reçue, en particulier de la nourriture, leur étaient directement imputés, le plus souvent avec virulence. À Caricuao, la préparation des aliments était assurée par des femmes sinistrées hébergées dans le refuge, engagées par le FUS et payées à la semaine. Pendant les deux premières années de fonctionnement, la même personne avait travaillé en cuisine, en continu. Rosa travaillait auparavant dans une cantine industrielle et était habituée à préparer de la nourriture en grande quantité. La directrice du refuge, une assistante sociale engagée par le FUS, avait chargé madame Rosa de cette fonction car elle faisait preuve d’une bonne capacité d’organisation pour établir les menus et garantir un service constant. Pendant les deux premières années de mes observations (2001-2002), Rosa travaillait donc à la cuisine et continua pendant encore un an (2003). Elle quitta ses fonctions parce qu’à cinquante-cinq ans elle était fatiguée de rester debout devant les fourneaux. Parfois les usagers du réfectoire critiquaient sa cuisine, les haricots peu cuits et la viande trop dure. Mais pendant cette période au moins, les horaires des repas étaient assez réguliers et les repas collectifs, sur des bancs au rez-de-chaussée, et Rosa s’organisait pour servir tout le monde de la façon la plus efficace possible. Chacun faisait la queue et était servi de façon assez équitable. Les premiers à manger étaient les enfants et les malades étaient autorisés à manger dans leurs chambres. Mais le travail de Rosa était basé sur une structure institutionnelle qui n’était pas durable.
Les refugios de séjour prolongé Bollet Peraza et La Ciudadela Bolivariana, avaient en principe des chambres dotées de cuisine permettant aux familles de préparer des repas spéciaux pour les malades qui ne pouvaient pas consommer ceux de la collectivité. Des cuisines individuelles avaient ainsi été installées.
La prise en charge alimentaire évolue en raison du passage de la gestion de l’urgence à celle du transit. Avec le temps, la demande de denrées alimentaires devient une illégitime. Dans l’urgence, les questions de la quantité et de qualité de nourriture ne se posaient même pas. La victime souffrante n’avait pas besoin de justifier son besoin de manger. Le sens que les bénéficiaires donnaient à la diminution progressive des dons alimentaires s’est avéré, dans mon cas d’étude, de plus en plus politisé. Leurs attentes s’inscrivaient dans la dignification, et cette promesse s’était maintenue dans le temps, même dans le transit. L’espoir de la dignification se traduisait donc dans une attente d’accès et d’amélioration de la nourriture. Par conséquent, la diminution de nourriture était expliquée comme relevant de l’oubli et de la malveillance des agents intermédiaires – certains officiels et fonctionnaires du FUS –, voire du détournement de fonds.
Révoltes interdites
À Fort Tiuna exerçait une femme médecin généraliste d’environ 40 ans qui avait déjà travaillé dans la prise en charge lors des victimes de la tempête Brett en 1993274. Le poste de ce médecin, normalement affecté au dispensaire d’El Valle, secteur dont relève le Fort Tiuna, séparé par l’autoroute Valle-Coche et relié par un pont, avait été temporairement transféré au Fort. Cette scène est survenue le matin du 19 mai 2000 :
« Quelques minutes après m’être installée dans le petit dispensaire de la caserne et d’avoir fait la connaissance du médecin (une femme), d’une pédiatre, et de deux infirmières, une damnificada arrive pour demander un arrêt de travail pour maladie. Elle travaille pour le Plan Bolivar 2000. Elle se met à parler de sa maladie. Elle a eu une hausse de tension et est déjà venue plusieurs fois. Elle dit qu’elle a un grave problème d’hypertension, qu’elle souffre de maux de tête, qu’elle a la tête qui tourne et qu’elle a eu des vomissements. Mais le médecin ne la prend pas au sérieux. Derrière le dos de la patiente, elle me fait signe que la damnificada ment, et elle lui dit :
« Tu sais, j’ai eu beaucoup de problèmes à cause de toi et du dernier arrêt de travail que je t’ai donné »
La femme, angoissée, devient légèrement agressive. Elle ne peut pas croire que le médecin de garde refuse de la prendre au sérieux :
« Je vous jure, j’étais très mal ! » Le docteur lui répond : « Bien sûr que tu étais mal car tu ne prends pas soin de toi (tu no te cuidas). En commençant ton traitement, ça aurait dû aller mieux. Mais toi, tu n’as rien fait, tu n’es pas responsable. Si tu prenais tes médicaments, tu pourrais aller travailler »
La damnificada reste consternée et indignée : « Donc, vous refusez de m’examiner et de prendre ma tension ? Vous ne m’avez donné qu’un seul arrêt de travail !! Hier j’ai eu une crise, vous n’étiez pas là et je suis allée à l’hôpital avec des vomissements. Ils m’ont dit de venir au dispensaire pour un traitement définitif. J’achète toujours les médicaments, avec mon argent. Et maintenant vous me dites que c’est de la simulation (que esto es pura pantalla) ? »
Le médecin, interpellé, lui répond : « Je n’ai jamais dit ça. Si ta crise d’hier avait vraiment été grave, tu ne serais pas sortie de l’hôpital. » La damnificada répond, « Mais, j’avais même une perfusion ! » Réponse : « Bon, peut-être tu étais un peu déshydratée. Ecoute, tu es une femme forte, tu vas très bien. Tu dois prendre tes médicaments pour contrôler l’hypertension, et c’est tout. L’hypertension ne se soigne pas. Ne-se soigne- pas (No se cura) Je ne vais pas continuer à discuter avec toi » La damnificada, déconcertée par la révélation que sa maladie est “incurable”, renchérit : « Ecoutez, moi, je voudrais me sentir bien. » Le médecin perd un peu patience : « Mais, je t’ai laissé bien avant hier, tu as eu ta crise, on a stabilisé le cadre, je t’ai donné les médicaments, et tout s’est bien passé. » Réponse : « Oui, mais une fois que vous étiez partie, j’ai eu un malaise grave. » Le médecin a le dernier mot : « L’unique chose que je peux dire, c’est que je ne peux pas te donner un arrêt de travail. »
La damnificada est partie, confuse et désorientée. Elle est une employée du Plan Bolivar 2000 et réalise des tâches de nettoyage et de propreté au Fort Tiuna, sous la coordination des militaires et du FUS. Le médecin essaie de m’expliquer la situation : « Tu sais, son problème c’est qu’elle est très « soulevée » (alzada). » (Scène dispensaire de soins de santé. Fort Tiuna. Caserne du bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, 19 mai 2000)
La damnificada en question était une femme d’une quarantaine d’années, noire, habillée en jeans et T-shirt. Par son apparence dynamique, sa demande suscitait de la méfiance chez le personnel du dispensaire. Cette méfiance se traduisait dans une disqualification en la traitant de alzada rebelle, littéralement de « soulevée ». Au Venezuela, le qualificatif d’alzado a une connotation raciale péjorative forte et rappelle l’héritage esclavagiste : il est couramment utilisé pour désigner une personne de peau foncée qui revendique énergiquement ses droits, les rebellions d’esclaves étant des « alzamientos de negros ». Par extension, cette expression désigne toute personne subordonnée qui refuse d’obéir. On dit alors : « Il s’est rebellé ce noir ! » (¡Se alzó ese negro!).
La crédibilité de la femme sinistrée révoltée face au refus du médecin pour lui signer un arrêt de travail pour hypertension relève tant de l’origine sociale des sinistrés que des conditions même de l’accueil dans le centre de santé. Deux éléments de la carrière morale des sinistrés défavorisés assistés sont à prendre en compte à partir du « soulèvement » de cette femme, expression qui relève d’une disqualification tant raciale que sociale.
D’une part, la femme sinistrée venue consulter est d’emblée jugée par le médecin comme n’ayant correctement observé son traitement. En fait, celui-ci fait preuve d’un préjugé assez courant selon lequel toute personne défavorisée est incapable de suivre à la lettre un traitement. Les préjugées dont sont victimes les personnes de couleur noire au Venezuela (Montañez 1993: 148) sont visibles dans des nombreuses situations banales quotidiennes et les conduites de rejet ne soulèvent généralement pas de l’indignation puisqu’elles se font de façon indirecte et dissimulée, comme dans la scène décrite ci-dessus, où le qualificatif d’« alzada » utilisé par le médecin pourrait sembler désigner plutôt l’indiscipline que le phénotype de la femme. Des études menées pendant les années quatre-vingt-dix ont démontré qu’au Venezuela la discrimination raciale est étroitement liée à la discrimination sociale et économique (Lopez Sanz 1993; Montañez 1993). La catégorisation des castes sociales dans la société coloniale et sa traduction ethnique a profondément marqué les discours et les pratiques à l’œuvre dans tous les domaines de la société. Dans cette scène, l’attitude de la femme avait été classé d’inacceptable par le médecin étant donnée sa condition sociale et raciale. Cette scène montre les enjeux des débuts de la « carrière morale » (Goffman 1968 : 224) des sinistrés hébergés provisoirement dans les forts militaires275. Comme dans le cas de l’étude de la condition sociale des malades mentaux internés étudiés par Goffman, cette scène témoigne de la modification du système de représentations par lesquelles les sinistrés étaient appréhendés.
D’autre part, l’utilisation de l’adjectif alzada (rebelle, révolté) par le personnel (le médecin et l’infirmière) constitue aussi une confirmation du fait que les sinistrés occupaient une place subordonnée dans la caserne et que les tâches du Plan d’emploi du Plan Bolivar 2000 étaient ressenties comme une corvée par tous les acteurs impliqués. La crise d’hypertension la femme et sa demande d’arrêt de travail mettait en évidence l’enjeu du Plan d’emploi rapide : les emplois proposés étaient des corvées et les maladies des employés étaient interprétés, surtout par les responsables, comme un moyen d’y échapper. L’enjeu était tantôt de bénéficier d’un emploi, tantôt d’échapper aux corvées que celui-ci supposait. En outre, les propres fonctionnaires (médecins, FUS voire certains militaires) ne sont pas convaincus que les sinistrés « méritent » vraiment de bénéficier de l’assistance ou des postes d’emploi du Plan Bolivar 2000. Puisqu’ils profitaient déjà d’une situation que les fonctionnaires et les militaires considéraient comme privilégiée, ils devaient justifier leurs besoins supplémentaires de façon systématique. Toute demande était donc susceptible d’engendrer le doute, le soupçon et la méfiance chez les responsables des refuges.
Le docteur tenta par la suite de s’expliquer en faisant allusion à la difficulté pour les personnes victimes d’hypertension de suivre de régime diététique spécifique au réfectoire des soldats :
« Bon, on demande à la cuisine de préparer un menu spécial pour eux. Ou sinon, ils peuvent eux-mêmes aller se préparer leur nourriture »
Elle me prend vraiment pour une naïve alors que je sais qu’il est compliqué, ou plutôt impossible, de manger sans sel ou d’avoir une nourriture d’exception à la Caserne. L’analyse devient également difficile car j’éprouve trop de compréhension envers la femme qui se disait malade, et mon attitude paraît trop ouvertement reproductrice vis-à-vis des fonctionnaires.
La conversation devient tendue, même si j’essaie de parler d’autre chose. Peut-être est-elle fâchée parce que mon expression révèle que je n’approuve pas le jugement qu’elle porte sur cette damnificada et plus généralement sur les damnificados ? Je m’efforce de rester « impartiale » pendant la scène. Mais après une telle confrontation, il m’est impossible de sympathiser avec le personnel du dispensaire. Ainsi, j’ai pour unique choix de m’isoler dans un coin afin de poursuivre mes observations. (Scène dispensaire de soins de santé. Fort Tiuna. Caserne du bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, 19 mai 2000)
Revenons sur cette interaction entre le médecin, la femme sinistrée et moi. Pendant la querelle, j’étais entre les deux car l’une comme l’autre cherchaient une approbation. Or je me suis posée la question à posteriori, lorsque j’ai écrit mon carnet de terrain le soir : peut-être le médecin n’a-t-elle pas accordé cet arrêt de travail parce que justement j’étais là ? Peut-être a-t-elle montré une main de fer parce que j’aurais pu l’interpréter comme une forme de faiblesse, de complicité avec cette femme ? Ma présence ne mettait-elle pas mal à l’aise les fonctionnaires puisqu’elle pouvait équivaloir au regard porté par « les autres », c’est-à-dire, par les personnes externes au monde de la caserne devant qui il fallait faire preuve d’une discipline rigoureuse et d’absence de laxisme. Il est ainsi possible que, sans moi les choses se déroulaient autrement. Le pouvoir détenu par les fonctionnaires dans les forts militaires, d’ailleurs sous le mandat des militaires, était toutefois exercé dans une logique infantilisante de distribution de récompenses et de punitions alternant l’octroi d’un poste de travail à chaque tour et le refus ou non d’un arrêt maladie permettant d’échapper par la suite aux corvées.
Une perception basée sur le discrédit devenait de plus en plus partagée par les militaires et les fonctionnaires assurant la prise en charge des sinistrés à la caserne du Fort Tiuna276.
« Ils sont agressifs envers nous, puis entre eux et avec leurs enfants. En plus, nous sommes ici pieds et points liés. On ne peut rien faire mais ils veulent qu’on résolve tous leurs problèmes. Regarde le cas de la femme évangéliste : elle travaille, son mari aussi, et elle vient quand même me demander des médicaments parce qu’elle n’a pas les moyens de les acheter. Qu’est-ce qu’elle veut que je fasse moi, que je les achète moi-même ? En plus, s’ils vont au District sanitaire IV, d'El Valle277, ils ne paient rien pour les examens de laboratoire. La femme qui est venue tout à l’heure, elle n’a jamais fait les examens que je lui ai prescrits au laboratoire, donc de quoi parle-t-elle, de quoi se plaint-elle ? Elle vient pour me mentir, je connais ce type de patients. Je sais qui veut vraiment se soigner, et qui vient pour faire perdurer une situation, pour demander un arrêt de travail et m’en rendre responsable. » (Scène dispensaire de soins de santé. Fort Tiuna. Caserne du bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, 19 mai 2000)
« Folie », « fainéantise », « promiscuité », « tricherie », telle est la perception des damnificados qui s’imposait pendant l’hébergement temporaire qui se prolongeait. Elle insiste pour reparler de la femme à la crise d’hypertension.
« Elle n’avait pas d’hypertension avant d’arriver ici [avant La Tragedia] Elle a eu une crise deux mois auparavant. Elle s’est fait pratiquer une radio de thorax, et je crois qu’elle a de sérieux problèmes cardiaques… » (Scène dispensaire de soins de santé. Fort Tiuna. Caserne du bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, 19 mai 2000)
Pour montrer qu’elle a raison dans sa mise en cause de la femme vindicative venue demander un arrêt de travail, elle compare son cas avec celui d’un homme atteint d’un cancer en phase terminale :
« Je compare ce cas avec celui d’un monsieur très gentil du pavillon A. Il a une tumeur maligne au visage, à la joue droite. On l’a amené au Oncológico278, et les médecins lui ont annoncé la nouvelle : il lui reste peu de temps à vivre. Il souffre beaucoup mais il est tranquille et résigné. Il a été un peu désespéré au début. Il est impossible de lui faire une chimiothérapie, c’est trop tard. Mais nous avons beaucoup parlé avec lui. Il avait cette tumeur avant La Tragedia, elle s’est manifestée avec un problème de dents. L’unique chose que nous pouvons faire, c’est de lui donner de la morphine. C’est un cancer très violent, il a envahi ses orbites des yeux et le nez, et même la base du crâne. Donc, bien qu’il n’ait pas pu être traité et qu’il souffre beaucoup, ce monsieur s’est montré très réceptif, sans agressivité, un bon patient, vraiment… » (Scène dispensaire de soins de santé. Fort Tiuna. Caserne du bataillon Ortega Ramírez, Fort Tiuna, 19 mai 2000)
Dans le raisonnement du médecin, à la différence de la femme qui demandait un arrêt de travail pour échapper aux corvées de l’emploi de nettoyage, l’homme souffrant d’une tumeur maligne au visage beneficiait de la compassion car bien que condamné, il « attendait la fin sereinement ».
Une prise en charge inviable
L’enjeu de la prise en charge dans le transit avait changé par rapport à celui du sauvetage. Il ne s’agissait plus de garantir la survie par tous les moyens dans le cadre d’une situation extrême, mais de mettre en place un système d’assistance tout à la fois efficace et extensible dans une période de temps difficile à estimer. Plus que de la sympathie envers les victimes, les fonctionnaires commencent à exprimer leurs doutes concernant la « faisabilité » d’une telle prise en charge. À deux mois de la catastrophe, la presse signalait en effet déjà que la prise en charge des sinistrés s’élevait à 3, 2 milliards de bolivars par mois279.
Le gouvernement s’est engagé en janvier 2000 dans la construction de refuges pour prendre en charge temporairement les affectés « dignement »280. Le relogement en province et les transferts vers de nouveaux sites répondaient aussi à une biopolitique adressées aux milieux populaires qui se verraient chargés d’un « devoir » de répartition territoriale de la population. Les principes régulateurs et normalisateurs d’une telle biopolitique se fondent alors sur une conception idéologique des solutions à apporter aux problèmes de marginalité, de pauvreté et des barrios urbains. En revanche, le séjour dans les refuges de transit signifiait une prise en charge qui devenait intenable avec le temps pour les institutions concernées.
Vers le mois de mars de l’an 2000, la situation d’urgence était officiellement close. Dès la fin des vacances scolaires, début janvier, il avait fallu évacuer les écoles de l’état de Vargas et de la ville de Caracas hébergeant des familles sinistrées pour accueillir les élèves des établissements. Les familles qui n’avaient pas encore de « solution d’hébergement » ont été transférées des forts militaires et dans des refuges situés dans les quartiers populaires des villes. Néanmoins, le 9 février, la presse signalait 25.000 personnes hébergées dans les forts militaires 281 : 5.000 à Fort Tiuna et 20.000 dans d’autres forts militaires du pays. En effet, le 4 mars 2000, le coordinateur des refuges du Fondo Unico Social (FUS), Pedro Carvajal, déclarait dans la presse que 2.000 « nouvelles » familles c’est-à-dire sinistrées suite à des glissements postérieurs à la catastrophe et à des pluies récentes venaient encore d’arriver dans les centres de refuges. A ce moment-là, 16.854 familles étaient hébergées en 222 centros civiles et 61 centros militares. « Ceci équivaut à un total de 81.912 personnes dont l’État doit assurer la manutention des besoins physiques basiques, y compris trois repas par jour, vêtements et médicaments »282.
Ces centres civils et militaires ont ainsi constitué les refuges d’accueil temporaire établis, gérés et financés par le FUS et les Forces armées, afin de répondre aux besoins de la population sinistrée et d’organiser la relocalisation et le relogement des familles. Deux remarques d’ordre empirique doivent être toutefois prises en considération concernant les matériaux analysés : la première remarque porte sur la grande disparité des données et des chiffres fournis par les différentes institutions et recensements successifs, et la seconde sur la rareté des documents officiels précisant aux fonctionnaires les consignes et le déroulement des programmes de prise en charge. Concernant cette hétérogénéité des données, je comparerai le rapport de l’ILDIS publié dans la même période avec un article paru dans la presse le 13 avril 2000, concernant la situation trois mois après la catastrophe :
« En mars de l’année 2000, 56 292 sinistrés logeaient dans de 210 centres civils d’accueil et 18 678 étaient hébergés dans 72 centres d’accueil des Forces armées. Ces centres ou refuges étaient répandus dans tout le territoire national »283
« 62.992 (13.000 familles) sinistrés étaient encore hébergés dans 280 refuges qui fonctionnaient encore dans tout le territoire national, annonce aussi un plan d’emploi de è milliards de bolivars pour un plan d’emploi »284
En mars de l’année 2000, 56 292 sinistrés logeaient dans de 210 centres civils d’accueil et 18 678 étaient hébergés dans 72 centres d’accueil des forces armées. Ces centres ou refuges étaient répartis sur l’ensemble du territoire national (ILDIS 2000 : 52).
Pour le gouvernement le déplacement était préférablement vers la province, les soit disant « pôles de développement » tandis que la préférence des familles sinistrées était le plus près possible de Caracas.285 Les débats des responsables du gouvernement sur le destin de la population sinistrée tournaient autour du choix des autorités compétentes régionales ou nationales, pour décider du transfert ou non de la population affectée. L’exécutif, – le président et le conseil de ministres –, avait très rapidement pris parti pour le déplacement massif de la population vers les provinces moins peuplées du pays, en l’occurrence des zones non urbanisées.